bilaterals.org logo
bilaterals.org logo
   

Accord d’association UE-Israël : la pétition de LFI et ses alliés européens pour demander sa suspension dépasse les 140.000 signatures

Le Figaro | 15 janvier 2026

Accord d’association UE-Israël : la pétition de LFI et ses alliés européens pour demander sa suspension dépasse les 140.000 signatures

Par Louise Dugast

Si le seuil du million de signatures est atteint, la Commission sera tenue d’examiner la demande et d’y répondre officiellement, sans être pour autant obligée de proposer un texte législatif.

Lancée par La France insoumise et ses partenaires de l’Alliance de la gauche européenne, une initiative citoyenne européenne (ICE) visant à obtenir la suspension totale de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël a réuni plus de 140.000 signatures en trente-six heures. Enregistrée sur le site officiel de la Commission européenne, la pétition devra toutefois franchir un cap bien plus ambitieux : réunir un million de signatures dans au moins sept États membres afin de contraindre Bruxelles à se prononcer.

L’objectif affiché est clair : pousser la Commission européenne à proposer au Conseil de l’Union européenne la suspension d’un accord qui constitue le socle des relations commerciales, économiques et politiques entre l’UE et Israël. Pour les promoteurs de l’initiative, le maintien de ce partenariat reviendrait à « légitimer et financer un État qui commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », selon le texte officiellement déposé auprès des institutions européennes.

D’après le décompte publié par la Commission, les signataires proviennent déjà des 27 pays de l’Union. La France arrive largement en tête avec 79.259 signatures, loin devant l’Italie (19.145) et l’Espagne (11.613). Une répartition qui témoigne d’une mobilisation particulièrement marquée dans le sud de l’Europe.

Un appel largement relayé par LFI

Plus globalement, c’est une pétition pour la « fin de la complicité de l’Union européenne avec le génocide en Palestine », a vanté la vice-présidente Assemblée nationale et députée LFI du Val-de-Marne Clémence Guetté sur X, qui a largement relayée la pétition à l’instar de manuel Bompard ou Rima Hassan.

La présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, s’est elle aussi engagée dès le mardi 13 janvier sur le réseau social X. « Il faut suspendre l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne », a-t-elle écrit, remerciant l’Alliance de la gauche européenne et les eurodéputés insoumis à l’origine de la démarche. Elle a réitéré cet appel sur France 2, dans l’émission de Gilles Bornstein, invitant « tout le monde » à soutenir l’initiative.

Dans un communiqué, La France insoumise dénonce la poursuite des opérations militaires israéliennes à Gaza et en Cisjordanie, en dépit du cessez-le-feu évoqué ces derniers mois. Le texte accuse le gouvernement de Benyamin Netanyahou de bloquer l’acheminement de l’aide humanitaire et fait état de destructions massives d’infrastructures civiles, ainsi que d’une intensification de la colonisation en Cisjordanie. Le mouvement estime que, faute de sanctions, l’Union européenne continuerait de traiter Israël « état génocidaire » comme un « partenaire privilégié ».

L’accord UE-Israël au cœur du débat

Au centre de cette mobilisation figure l’accord d’association UE-Israël, signé en 1995 et entré en vigueur en juin 2000. Véritable pierre angulaire des relations bilatérales, il établit un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs, notamment industriel et agricole, et organise le dialogue politique ainsi que la coopération économique, scientifique et culturelle.

L’Union européenne est ainsi le premier partenaire commercial d’Israël. En 2024, près de 29 % des exportations israéliennes étaient destinées aux Vingt-Sept, tandis que 34 % des importations du pays provenaient de l’UE. Israël participe par ailleurs à plusieurs programmes européens, dont Horizon Europe, principal dispositif de financement de la recherche et de l’innovation dans l’Union européenne.

Contestant la légitimité de cet accord, les initiateurs de la pétition s’appuient sur l’article 2 du texte, qui stipule que le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques constitue un « élément essentiel » du partenariat. Une clause qui ouvrirait, en théorie, la voie à une suspension en cas de violation grave.

Une base juridique invoquée par les initiateurs

Dans le document soumis à la Commission européenne, les porteurs de l’ICE citent donc plusieurs sources institutionnelles. Ils mentionnent notamment une note du Service européen d’action extérieure datant de juin 2025, évoquant des violations répétées du droit international humanitaire à Gaza et en Cisjordanie, ainsi que plusieurs ordonnances de la Cour internationale de justice appelant Israël à prévenir tout risque de génocide et à garantir l’accès de l’aide humanitaire. Selon eux, le maintien de l’accord serait incompatible avec les engagements des traités européens, qui imposent à l’Union de promouvoir les droits de l’homme et le respect du droit international dans l’ensemble de son action extérieure.

La question reste toutefois profondément clivante au sein des Vingt-Sept. Après les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont fait près de 1200 morts en Israël, l’Union européenne avait affirmé son soutien au droit d’Israël à se défendre. La détérioration de la situation humanitaire à Gaza a depuis conduit la Commission à envisager des mesures plus restrictives.

Lors de son discours sur l’état de l’Union, en septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a ainsi évoqué une suspension partielle de certaines dispositions commerciales de l’accord, tout en reconnaissant la difficulté de réunir une majorité d’États membres sur ce sujet. À ce stade, aucune suspension globale n’a toutefois été validée par le Conseil.

En revanche, l’initiative citoyenne européenne n’a, en elle-même, aucun effet juridique contraignant. Si le seuil du million de signatures est atteint, la Commission sera tenue d’examiner la demande et d’y répondre officiellement, sans obligation de proposer un texte législatif. Les organisateurs espèrent néanmoins que la dynamique actuelle suffira à imposer le sujet dans l’agenda politique européen.


 source: Le Figaro