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Accord de libre-échange Inde-UE : ce qui a été convenu et les enjeux après des années de négociations

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par Reuters, 23 janvier 2026

Accord de libre-échange Inde-UE : ce qui a été convenu et les enjeux après des années de négociations

L’Inde et l’Union européenne sont sur le point de conclure un accord de libre-échange (ALE) longtemps attendu, une annonce étant prévue mardi lors du sommet Inde-UE à New Delhi.

Voici les principaux éléments de l’accord commercial :

RATIFICATION ET IMPACT

Une fois signé et ratifié par le Parlement européen, un processus qui pourrait durer au moins un an, le pacte pourrait accroître le commerce bilatéral et soutenir les exportations indiennes telles que les textiles et la joaillerie, qui subissent des droits de douane américains de 50 % depuis la fin août.

Cependant, un vote des députés européens plus tôt cette semaine pour contester l’accord UE-Amérique du Sud devant la plus haute juridiction du bloc souligne à quel point les obstacles parlementaires pourraient retarder ou compliquer la ratification.

La protection des investissements et les indications géographiques (IG) font l’objet de négociations distinctes, réduisant ainsi l’ALE aux biens, services et règles commerciales.

POURQUOI CELA COMPTE MAINTENANT

Le pacte constituerait le neuvième accord commercial de l’Inde en quatre ans, illustrant la volonté de New Delhi d’obtenir un meilleur accès aux marchés alors que le commerce mondial devient plus protectionniste. Pour l’UE, l’accord favorise la diversification des chaînes d’approvisionnement, réduit la dépendance vis-à-vis de la Chine et permet de profiter de l’essor de l’économie indienne, estimée à 4,2 billions de dollars.

AVANTAGES POUR L’INDE

L’UE compte parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Inde, aux côtés des États-Unis et de la Chine, avec un commerce total de biens et services dépassant 190 milliards de dollars en 2024/25. L’Inde a exporté environ 76 milliards de dollars de biens et 30 milliards de dollars de services vers les 27 États membres.

Les droits de douane moyens de l’UE sur les produits indiens sont relativement faibles, à environ 3,8 %, mais les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, comme le textile et l’habillement, sont soumis à des droits d’environ 10 %, selon le Global Trade Research Initiative, un groupe de réflexion basé à Delhi.

L’ALE permettrait de restaurer la compétitivité perdue depuis que l’UE a commencé à retirer, en 2023, les concessions tarifaires du système de préférences généralisées (SPG) sur des produits tels que les vêtements, les produits pharmaceutiques et les machines, et compenserait l’impact de la hausse des droits américains.

L’Inde cherche également à obtenir un meilleur accès pour ses professionnels et ses services informatiques.

AVANTAGES POUR L’UE

Les exportations européennes vers l’Inde font face à des obstacles bien plus élevés, avec un droit de douane moyen pondéré d’environ 9,3 % sur 60,7 milliards de dollars de biens en 2024/25.

Les droits sont particulièrement élevés sur les automobiles, les pièces détachées, les produits chimiques et les plastiques. Une baisse des tarifs ouvrirait des opportunités dans les secteurs de l’automobile, des machines, des avions et des produits chimiques, tout en améliorant l’accès aux services, aux marchés publics et aux investissements sur l’un des plus grands marchés en croissance rapide au monde.

POINTS DE BLOCAGE

L’agriculture et les produits laitiers sont exclus. L’Inde résiste aux demandes de l’UE visant à éliminer les droits de douane sur plus de 95 % des produits, préférant un seuil proche de 90 %.

Les automobiles, vins et spiritueux restent des secteurs sensibles. L’Inde envisage des baisses progressives ou des quotas limités plutôt que des réductions tarifaires brutales, invoquant des risques pour la production nationale.

SERVICES ET RÈGLES

L’Inde souhaite obtenir le statut de "pays sûr" pour les données selon les règles européennes, faciliter la mobilité des professionnels et être dispensée de la double cotisation sociale.

L’UE recherche un meilleur accès aux services financiers et juridiques indiens, ainsi que des engagements sur le travail, l’environnement et la propriété intellectuelle : des domaines où New Delhi préfère garder de la flexibilité.

LES INQUIÉTUDES DE L’INDE

Deux grands sujets de préoccupation sont la taxe carbone à la frontière de l’UE, qui pourrait annuler les gains tarifaires pour les exportateurs indiens, et les barrières non tarifaires élevées telles que les délais réglementaires, des normes strictes et les coûts de certification.

ET APRÈS ?

Selon les analystes, la géopolitique et les chocs commerciaux ont poussé les deux parties vers un compromis pragmatique et exécutable. L’équilibre des bénéfices dépendra de la manière dont seront gérés les taxes carbone, la mobilité des services et les barrières non tarifaires.


 source: Zone Bourse