L’ALENA n’a pas dopé la croissance, selon l’IRIS

PNG - 679.1 KB

Journal de Montréal | 13 juin 2018

L’ALENA n’a pas dopé la croissance, selon l’IRIS

(Agence QMI) Alors que la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) bat son plein depuis plusieurs mois, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomique (IRIS) soutient que l’ALENA n’a pas apporté les fruits promis au Canada, puisque la croissance du PIB promise à l’époque est moins forte que prévu.

Dans une note publiée jeudi, le groupe de réflexion de gauche précise que le taux de croissance du PIB canadien était de 2,14 % de 1961 à 1993, contre 1,51 % dans le dernier quart de siècle.

«On fait grand cas du libre-échange en général et de l’ALENA en particulier, mais on s’aperçoit qu’il n’est pas lié à augmentation de la croissance ou à une hausse de la productivité. En revanche, l’Accord a permis aux dirigeants d’entreprises d’évoquer de possibles délocalisations afin de soutirer des concessions salariales aux travailleuses et aux travailleurs. Plutôt que de défendre bec et ongles l’accord existant, on devrait profiter de la négociation actuelle pour relancer le commerce sur de nouvelles bases», a indiqué Mathieu Dufour, économiste à l’IRIS et coauteur de la note socioéconomique, par communiqué.

L’IRIS parle même de «camisole de force sur les gouvernements», notamment en ce qui a trait aux garanties d’exportation de pétrole aux États-Unis, lesquelles «obligent le Canada à maintenir un certain niveau de production et fait obstacle à l’adoption d’une nouvelle politique industrielle qui viserait à amorcer une véritable transition écologique».

Déchirer l’ALENA ne serait pas la fin du monde

L’IRIS va plus loin en soutenant que l’économie canadienne ne serait pas au plus mal si l’ALENA était mis au rancart, alors que l’administration du président Donald Trump n’en est pas à une menace près de déchirer l’entente si les trois partenaires n’en viennent pas à un consensus.

«Un éventuel abandon de l’ALENA ne signifie pas que le Canada s’enfermerait dans un protectionnisme à tout crin. Après tout, le Canada est membre de l’Organisation mondiale du commerce», a dit Olivier Viger Beaudin, chercheur-associé à l’IRIS et coauteur de la note.

Dans sa note socioéconomique, l’IRIS dit qu’elle «peine à trouver les traces d’un développement économique soutenu que l’accord aurait pu susciter».

Selon ses calculs, «même l’impact brut sur le commerce semble incertain. En même temps, l’ALENA semble être à la source d’une désindustrialisation, et les salaires des travailleurs et des travailleuses n’ont guère augmenté pendant cette période».

L’IRIS évoque la réduction de la souveraineté nationale et une «fuite en avant» des pays qui ont multiplié les accords économiques, dont le plus récent est l’Accord économique et commercial globale (AECG) liant l’Europe et le Canada.

«Dans le cas de l’ALENA, on pourrait même se demander s’il est avantageux de préserver un accord dont les bénéfices ne sont pas évidents, sans au moins essayer de se débarrasser au passage de ses composantes les plus controversées, telles que le chapitre 11», qui garantit quant à lui la protection des droits économiques des investisseurs étrangers, affirme l’IRIS.

«Plutôt que de libéraliser toujours plus avant, il serait judicieux de profiter de l’occasion que constitue la renégociation de l’ALENA pour recadrer à la fois les relations commerciales et la politique industrielle, afin de se donner les outils pour effectuer une transition écologique qui soit à la faveur du plus grand nombre», selon l’IRIS.

Palabras clave: