La Tunisie mise sur le libre-échange pour créer des emplois

L’Orient Le Jour | 16.06.2008

La Tunisie mise sur le libre-échange pour créer des emplois

La Tunisie mise sur son intégration dans la zone de libre-échange avec l’Union européenne (UE) pour drainer des investissements directs étrangers (IDE) créateurs d’emplois, dans un pays de dix millions d’habitants où le chômage des jeunes diplômés a récemment provoqué des remous.

Les opportunités d’affaires créées par la suppression début janvier 2008 des frontières douanières sur les produits manufacturés, dans le cadre de la zone de libre-échange avec l’UE, étaient au menu du 10e Forum de Carthage sur l’investissement jeudi et vendredi dernier à Tunis.

Après un total de 1,8 milliard de dollars d’IDE en 2007 (4,8 % du PIB), le gouvernement entrevoit une année exceptionnelle avec « de grands projets en chantier ou à l’étude » pour un montant de 30 milliards de dollars, note le Premier ministre Mohammad Ghannouchi.

Ces capitaux à moyen et long terme proviennent des pays arabes du Golfe, notamment des groupes émiratis engagés dans le tourisme, l’immobilier, le commerce et les services. Mais Tunis cible aussi des investissements à haute valeur ajoutée avec des transferts technologiques assurés.

« Nous avons de grandes ambitions, qui consistent principalement à porter le taux de croissance à 6 % par an, à dynamiser l’emploi et à améliorer la qualité de vie pour tous », résume M. Ghannouchi, plaidant pour « un afflux plus grand d’IDE ». Le chef du gouvernement s’adressait à des centaines d’hommes d’affaires majoritairement européens, mais aussi asiatiques (Chine, Corée et Inde), présents à la grand-messe annuelle avec les bailleurs de fonds et institutions internationales.

« Même si l’afflux d’IDE a été en deçà des aspirations légitimes de la Tunisie, les prémices d’une impulsion pointent avec la mise en place de la zone de libre-échange » avec l’UE, affirme l’Agence de promotion de l’investissement (FIPA), organisatrice du forum.

Selon sa directrice, Mongia Khemiri, ce pays devrait profiter de l’accord de libre-échange d’Agadir, le premier à associer des pays au sud de la Méditerranée (Égypte, Maroc, Jordanie, Turquie et Tunisie), qui propose l’accès à un marché potentiel de 120 millions de consommateurs.

La Tunisie a appliqué depuis janvier la franchise aux produits manufacturés, suivant un processus progressif lancé par la signature en 1995 de son accord d’association et libre-échange avec l’UE.

Cette démarche « à risque » au regard de la conjoncture socio-économique aura permis d’améliorer l’environnement des affaires et de moderniser l’économie avec un appui financier de l’UE (quelque 946 millions euros). L’UE et les bailleurs de fonds mettent en avant la bonne gouvernance, une meilleure productivité, plus d’ouverture du capital et d’intégration régionale.

Près de 3 000 unités offshore ont procuré quelque 260 000 précieux emplois à la Tunisie, où le chômage des jeunes diplômés en particulier (14 % en moyenne) a provoqué récemment l’agitation sociale dans certaines régions enclavées.

Dans la région minière de Gafsa (350 km au sud de Tunis), des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait un mort et plusieurs blessés le 6 juin à Redeyef (30 000 habitants). C’est dans cette ville, qui abrite la plus ancienne mine de phosphate, que les manifestations avaient débuté. Les manifestants ont dénoncé le chômage, le renchérissement du coût de la vie, la corruption et le clientélisme, selon les dirigeants du mouvement de protestation.

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