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UE-Mercosur : l’accord commercial devrait être signé le 17 janvier, la France voit rouge

Le Dauphiné | 9 janvier 2026

UE-Mercosur : l’accord commercial devrait être signé le 17 janvier, la France voit rouge

par Christine Beranger

La colère agricole et politique tricolore contre le Mercosur menace de s’embraser après le feu vert européen au traité de libre-échange acté ce vendredi à Bruxelles malgré l’opposition de la France. À Paris, les agriculteurs entendent poursuivre la mobilisation. Dans les rangs politiques, LFI et le RN annoncent une motion de censure contre le gouvernement déjà fragilisé par l’impasse budgétaire.

Opération déminage à Paris autour du Mercosur, faute d’avoir pu neutraliser à Bruxelles ce sujet explosif. Ce vendredi sans grande surprise, l’Union européenne (UE) a donné son feu vert à cet accord commercial avec quatre pays d’Amérique latine - les deux géants Brésil et Argentine, le Paraguay et l’Uruguay frontaliers. Comme il l’avait annoncé jeudi, le président français Emmanuel Macron a voté contre ce texte « d’un autre âge », faisant le constat d’un « rejet politique unanime » dans l’Hexagone et sous la pression de la colère agricole.

Reste qu’après le revirement de l’Italie, la France - associée à l’Autriche, la Hongrie, la Pologne et l’Irlande - n’aura pas pesé assez lourd pour former une minorité de blocage (établie à 35 % de l’ensemble de la population de l’UE). La signature officielle du traité pourrait avoir lieu le 17 janvier au Paraguay entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et les nouveaux partenaires de l’UE. Ensemble, ils représenteront une zone de libre-échange de 700 millions de consommateurs, l’un des plus vastes au monde. Validé, le texte doit encore être ratifié par le seul Parlement européen (PE). « Vu l’empressement de la Commission à faire adopter le traité, le vote pourrait être inscrit dès la prochaine session plénière, fin janvier dans l’hémicycle de Strasbourg », prévoit Éric Sargiacomo, eurodéputé socialiste et vice-président de la Commission Agriculture au PE.

Motions de censure de LFI et du RN

« L’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire », avance pourtant Emmanuel Macron, cherchant à éteindre la fronde hexagonale qui gagne du terrain aussi dans le champ politique. La menace d’une motion de censure de la part de Bruno Retailleau (parti Les Républicains) en cas de vote “pour” de la France est certes écartée. Mais deux autres ont été annoncées ce vendredi : la première par La France insoumise (LFI), la seconde par le Rassemblement national. « Ce n’est pas par un coup politicien que nous parviendrons à rejeter l’accord. Cette motion de censure retarde encore les discussions budgétaires, déjà bloquées », n’a pas tardé à réagir le Premier ministre dénonçant des « postures cyniques partisanes ».

Même si elles ont peu - voire pas - de chances d’aboutir faute de majorité à l’Assemblée nationale, ces procédures tombent au pire moment pour Sébastien Lecornu, déjà employé à esquiver la censure annoncée du Parti socialiste en cas de désaccord, très probable, sur le projet de budget 2026. Ce vendredi, les députés ont en effet largement rejeté la partie recettes en deuxième lecture de la commission des finances de l’Assemblée.

Le même jour sur France 2, le numéro du PS Olivier Faure, a réitéré la menace d’une censure sur le budget en même temps qu’il appelait à une bataille juridique contre le Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) : « Un recours serait suspensif pendant 18 mois, ce qui nous permettrait de continuer à travailler sur ce traité et d’interrompre un processus délétère pour l’agriculture française. »

Le dernier mot aux eurodéputés

L’initiative en revient soit au président de la République, soit au Parlement européen où 145 élus issus de cinq groupes différents (sur 720) ont déjà exprimé, fin 2025, la volonté de soumettre au vote une résolution en ce sens. « Nous avons un vrai doute sur la conformité de cet accord commercial avec le droit communautaire », pointe encore Éric Sargiacomo, également chargé des dossiers agricoles au PS.

Chez les écologistes, le député de Charente-Maritime, Benoît Biteau, en appelle également à la justice européenne afin de dénoncer, lui, le tour de « passe-passe » de la Commission qui évite une ratification dans les 27 pays de l’UE. « L’Assemblée nationale a voté à deux reprises à l’unanimité contre le projet de validation du Mercosur. Si Emmanuel Macron était sincère dans son vote contre, il aurait déjà déposé un recours devant la Cour de justice européenne afin que chaque État membre puisse ratifier ce traité », tacle l’élu, brandissant à son tour la possibilité d’une motion au sein des Écologistes. Avec 38 élus, ce groupe parlementaire ne dispose toutefois pas du seuil minimum nécessaire (58) pour prendre une telle initiative. La formation doit décider de se joindre - ou pas - à la motion de censure de LFI d’ici à mercredi. L’accord avec le Mercosur est signé, la polémique loin d’être terminée.


 source: Le Dauphiné