Droits de douane : l’annonce surprise d’une nouvelle alliance entre l’UE et l’Asie-Pacifique

Les Echos | 27 juin 2025

Droits de douane : l’annonce surprise d’une nouvelle alliance entre l’UE et l’Asie-Pacifique

Par Karl De Meyer

Au terme d’un sommet très touffu, Ursula von der Leyen a fait, jeudi, une annonce totalement inattendue lors de la conférence de presse finale, peu après minuit. Elle a indiqué avoir proposé aux Vingt-Sept de créer une nouvelle alliance, destinée à promouvoir des échanges commerciaux fondés sur des règles claires et prévisibles, entre l’Union européenne et les pays du Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

Le PTPGP est à l’origine un traité de libre-échange signé en 2016 entre les Etats-Unis et une dizaine de pays de la région indo-pacifique. Donald Trump, lors de son premier mandat, en a retiré les Etats-Unis. Le PTPGP réunit aujourd’hui douze pays : Canada, Australie, Brunei, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam, et le Royaume-Uni qui l’a rejoint après le Brexit.

« Ursula von der Leyen tire les leçons de la paralysie de l’Organisation mondiale du commerce. On ne peut plus rester dans une situation où l’Europe est le dindon de la farce du commerce mondial, à respecter encore des règles que bafouent les Etats-Unis et la Chine », analyse un diplomate européen.

Ressembler aux Américains

Donald Tusk, le Premier ministre polonais, qui intervenait pour clôturer la présidence tournante de l’UE assumée par son pays depuis le 1er janvier, a déclaré que les Européens « doivent se montrer innovants, créatifs, malins, parfois imprévisibles comme nos amis de l’autre côté de l’Atlantique ».

Il désignait ainsi l’administration Trump, qui depuis le mois de janvier multiplie les annonces erratiques et les volte-face, particulièrement sur le plan commercial, désarçonnant les marchés et désorganisant les chaînes de valeur. « Nous devons plus ressembler à nos partenaires américains », a-t-il ajouté.

Jeudi, les questions commerciales ont été évoquées lors du dîner entre les chefs d’Etat et de gouvernement, dans un débat consacré à la « géoéconomique ». A deux semaines de l’expiration de la pause douanière décidée en mai par Donald Trump, après laquelle Washington pourrait imposer des droits de douane exorbitants sur les produits européens, les Vingt-Sept ont échangé sur la meilleure stratégie à adopter.

Accord rapide

Alors que la Commission européenne a reçu, jeudi, les dernières contre-propositions américaines, le chancelier allemand Friedrich Merz, dont c’était le premier Conseil européen, a milité pour une issue rapide. « Certaines industries allemandes, la chimie, l’industrie pharmaceutique, la construction mécanique, l’acier, l’aluminium et l’automobile, sont actuellement soumises à des droits de douane si élevés qu’ils mettent réellement ces entreprises en danger. »

Selon le successeur d’Olaf Scholz, « il vaut mieux agir vite et simplement que lentement et de manière très complexe ». Antonio Costa, président du Conseil européen, a abondé en son sens : « Un accord est meilleur qu’une guerre commerciale, car rien n’est pire pour notre économie que l’incertitude. »

Emmanuel Macron, de son côté, a tenu à préciser que si la Commission ne parvenait pas à désamorcer les visées douanières de la Maison-Blanche, alors l’Europe devrait répliquer dans les mêmes proportions. « Si le taux tarifaire de base de 10 % appliqué par les Etats-Unis restait en place, la réponse de l’Europe devrait avoir un impact équivalent, a-t-il estimé. Il y a une vraie volonté des Européens, et une bonne volonté, de conclure. Mais cette bonne volonté ne doit pas être vue comme une faiblesse. »

Tensions sur le Mercosur

Ces débats interviennent alors que la Commission doit présenter en début de semaine prochaine la version juridiquement nettoyée de l’accord commercial qu’elle a paraphé en décembre dernier avec les pays latino-américains du Mercosur. A la grande colère de Paris, pour qui le texte ne contient pas les garanties nécessaires pour le secteur agricole et introduit une asymétrie dans les contraintes environnementales et sanitaires qui s’appliquent aux agriculteurs du Mercosur et à ceux de l’UE.

Paris estime avoir rassemblé autour de ses vues un groupe d’Etats membres capable de former une minorité de blocage. La France réclame, pour donner son feu vert, un protocole qui garantisse de justes conditions de concurrence, un texte qui soit « juridiquement contraignant et opposable aux parties », selon une source française.

Diversification

Un certain nombre d’Etats membres estiment politiquement nécessaire de conclure l’accord Mercosur au plus vite pour démontrer la capacité d’action de l’UE et son attractivité pour les pays tiers, à un moment où se redessine la carte des échanges mondiaux.

La Commission a tenu au cours des derniers mois des sommets bilatéraux avec le Canada, le Royaume-Uni, les pays d’Asie centrale. Dans les prochaines semaines se tiendront des sommets avec la Moldavie, le Japon et la Chine.

source : Les Echos

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