Europe: Les paysan.ne.s et les travailleur·euse·s agricoles appellent les ministres de l’UE et les député·e·s européen·ne·s à s’opposer à l’accord commercial UE-Mercosur

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Photo: Confédération paysanne

La Via Campesina | 8 juillet 2025

Europe: Les paysan.ne.s et les travailleur·euse·s agricoles appellent les ministres de l’UE et les député·e·s européen·ne·s à s’opposer à l’accord commercial UE-Mercosur

Quatre des principales organisations européennes représentant des paysan·ne.s et des travailleur·euse·s agricoles ont adressé une lettre conjointe aux responsables politiques de l’UE, les exhortant à rejeter l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur tel qu’il est actuellement proposé. Adressée aux ministres de l’Agriculture et du Commerce de l’UE ainsi qu’aux membres de la Commission du commerce international du Parlement européen, la lettre alerte sur les “dommages irréversibles” que l’accord infligerait à des secteurs vulnérables de l’agriculture européenne, tout en menaçant la souveraineté alimentaire dans l’ensemble du bloc.

La lettre est signée par le Conseil européen des jeunes agriculteur·rice·s (CEJA), le Comité des organisations professionnelles agricoles et la Confédération générale des coopératives agricoles de l’Union européenne (COPA-COGECA), la Coordination européenne Via Campesina (ECVC) et la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme (EFFAT). Ensemble, ces organisations représentent un large éventail de communautés rurales et de travailleur·euse·s de l’agroalimentaire à travers l’Europe.

Le texte intégral de la lettre est reproduit ci-dessous.


Cher·e·s ministres de l’Agriculture et du Commerce de l’UE, cher·e·s membres de la Commission du commerce international du Parlement européen,

Nous, organisations signataires représentant les intérêts variés des paysan·nes et des travailleur·euse·s du secteur agricole en Europe — COPA-COGECA, CEJA, ECVC et EFFAT — vous appelons à rejeter fermement la conclusion de l’accord commercial UE-Mercosur dans sa version actuelle.

Cet accord de libre-échange entraînerait des dommages irréversibles à des secteurs agricoles européens déjà vulnérables, et compromettrait sérieusement les principes de souveraineté alimentaire. Il ignore les appels des personnes productrices et travailleur·euses à garantir une concurrence équitable et un revenu digne.

Limiter les importations dans des secteurs sensibles (comme le bœuf, la volaille ou le sucre) par des quotas ne constitue pas une protection suffisante. L’évaluation d’impact de la Commission européenne sur les effets cumulés des accords commerciaux montre que des baisses de prix sont attendues dans plusieurs de ces secteurs. Même si certaines sont jugées “limitées”, elles viendraient aggraver des conditions déjà précaires, dans lesquelles les prix à la production ne permettent pas de maintenir des moyens de subsistance viables.

Dans un contexte mondial marqué par l’instabilité économique et géopolitique, conclure un accord commercial déséquilibré ne ferait qu’accentuer la dépendance extérieure de l’UE dans un secteur stratégique. L’agriculture n’est pas seulement essentielle aux économies rurales, elle est aussi une composante clé de la sécurité alimentaire et économique de l’Europe.

Nous nous opposons fermement à l’instrumentalisation de l’agriculture comme monnaie d’échange pour obtenir des avantages dans d’autres secteurs. Nous plaidons pour une approche commerciale renouvelée fondée sur la durabilité économique, sociale et environnementale, des normes réciproques, la responsabilité et l’application effective des engagements du chapitre sur le commerce et le développement durable, y compris les huit conventions fondamentales de l’OIT, ainsi qu’une transition juste — comme souligné dans les conclusions du Dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture. Il est également essentiel d’assurer la cohérence entre les objectifs internes de l’Union et ses engagements commerciaux extérieurs.

Nous rappelons que le renouvellement générationnel en agriculture, priorité majeure du secteur, ne peut être atteint si la politique commerciale actuelle favorise le dumping social et la concurrence déloyale.

Les mobilisations paysannes massives du début de l’année 2024 dans toute l’UE ont envoyé un message clair : il faut mettre fin aux négociations de l’accord UE-Mercosur. En réponse, la Commission européenne a temporairement suspendu les discussions. Pendant cette période, des représentant·es politiques de tous horizons ont exprimé leur solidarité avec les préoccupations exprimées. Cependant, la reprise et l’accélération des négociations après les élections européennes montrent un inquiétant mépris face à l’opposition publique et sectorielle dans de nombreux États membres.

Il est temps de faire preuve de clarté et d’agir. En tant qu’organisations représentant l’ensemble du secteur agricole européen — paysan·nes et des travailleur·euse·s agricoles —, nous appelons les États membres et le Parlement européen à rejeter la ratification de l’accord commercial UE-Mercosur.

source : La Via Campesina

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