Solidarité internationaliste face à la criminalisation des paysan·nes en France

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Fotografía: Tomada de Viacampesina.org

Vía Campesina | 19 janvier 2026

Solidarité internationaliste face à la criminalisation des paysan·nes en France

Le 14 janvier 2026, 52 paysan·nes de la Confédération Paysanne ont été arrêté·es après avoir occupé pacifiquement le siège du Ministère de l’Agriculture à Paris. Cette action visait à dénoncer l’abandon systématique de l’agriculture de petite échelle, à exiger la démocratisation des politiques agricoles françaises et à alerter sur les graves conséquences de l’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Parmi les personnes arrêtées se trouvait une délégation nombreuse de paysan·nes provenant des DROM (Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Mayotte et Guyane française), qui ont également dénoncé le traitement néocolonial dont iles sont victimes de la part du gouvernement français et la répartition profondément inégalitaire des aides européennes. L’intervention de la BRavM, une unité policière spécialisée dans la répression, a marqué un niveau de criminalisation que, selon le mouvement paysan français lui-même, on n’avait jamais vu auparavant dans le pays pour une action de ce type. Cependant, la réponse répressive n’a pas réussi à faire taire la cause : dans les jours suivants, des organisations paysannes du monde entier ont élevé la voix en solidarité, exigeant la libération immédiate de toutes les personnes détenues.

Depuis l’Indonésie, le Serikat Petani Indonesia (SPI), syndicat des paysan·nes indonésien·nes, a été l’une des premières organisations à se mobiliser. Dans un communiqué publié à Jakarta, le SPI a exprimé sa « solidarité totale, ferme et inconditionnelle » avec le mouvement paysan français, affirmant avec force : « L’attaque contre les paysan·nes français·es de la Confédération Paysanne est une attaque contre tout le mouvement paysan mondial ! » L’organisation indonésienne a également dénoncé la criminalisation comme une violation directe de la UNDROP (Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·nes).

De même, la région de La Via Campesina en Asie du Sud-Est et de l’Est a diffusé un communiqué de solidarité dénonçant l’attitude méprisante du gouvernement français, ainsi que la violation systématique des droits syndicaux et la criminalisation subie par les paysan·nes de la Confédération Paysanne. Le communiqué souligne que les personnes arrêtées exerçaient pacifiquement leur droit de protestation, exprimant leur légitime indignation face à la gestion de la crise de la DNC (dermatose nodulaire contagieuse, une épidémie virale émergente affectant le bétail bovin) et face à la signature du traité UE-Mercosur, qui accentue encore la précarisation du travail paysan.

Depuis l’Afrique, la Kenian Peasants League a également exprimé sa solidarité à travers un message public, condamnant la détention des 52 paysan·nes, parmi lequel·le·s se trouvaient Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina et membre du comité de coordination de l’ECVC, participant·es à l’occupation pacifique du Ministère de l’Agriculture français.

La Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) a fermement condamné la détention des 52 paysan·nes à Paris et a réaffirmé leurs revendications. Elle a également dénoncé l’empêchement de la couverture médiatique des faits et appelé le gouvernement français et les institutions européennes à respecter les droits de protestation du mouvement paysan, à répondre aux demandes légitimes de la Confédération Paysanne et à éviter la répression de celleux qui contestent le statu quo.

Enfin, la Coordination Latino-Américaine des Organisations du Champ – Via Campesina (CLOC-VC) a exprimé son soutien ferme aux paysan·nes de la Confédération Paysanne, tant de la France continentale que des DROM, qui ont occupé pacifiquement le Ministère de l’Agriculture. Le communiqué a soutenu les revendications pour une révision profonde et immédiate du programme POSEI, afin que les ressources publiques cessent de favoriser les grands groupes agro-industriels et soutiennent de manière juste et redistributive celleux qui produisent des aliments pour les peuples. « Les aides doivent être démocratisées, limitées dans leur concentration et orientées vers la souveraineté alimentaire, la justice sociale et la transition agroécologique », conclut le communiqué.

Finalement, les 52 paysan·nes détenu·es, y compris Morgan Ody et les porte-parole de la Confédération Paysanne, ont été libéré·es le jeudi 15 sans poursuites. Leur libération a mis fin à la détention arbitraire, souligné l’importance de défendre les droits d’organisation et d’expression du mouvement paysan et réaffirmé que la lutte des paysan·nes français·es fait partie de la lutte mondiale pour la justice agricole, l’agroécologie et le rôle central de la paysannerie.

source : Vía Campesina

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