Toute l’Europe | 16 avril 2026
Accord de libre-échange UE-Australie : ce que prévoit le texte
par Léa Deseille
Un accord attendu depuis plusieurs années. Huit ans après le lancement des négociations sur un accord de libre-échange en 2018, l’Union européenne et l’Australie les ont conclues le 24 mars à Canberra (Australie). Les négociateurs sont finalement parvenus à dépasser les principaux sujets de discorde, qui avaient fait capoter l’accord en 2023. Et notamment l’usage, par le pays d’Océanie, de certaines appellations géographiques européennes et l’ouverture du marché européen au bœuf australien.
Les bouleversements géopolitiques récents ont aussi favorisé un rapprochement plus rapide. Voici ce que contient l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie.
Quelles sont les relations commerciales actuelles entre l’UE et l’Australie ?
Même sans accord de libre-échange en vigueur, l’Australie et l’Union européenne entretiennent déjà des relations commerciales importantes. En 2024, l’Australie était le 20e partenaire commercial de l’UE pour les marchandises, tandis que l’UE était le troisième partenaire commercial de l’Australie, après la Chine et le Japon. Le commerce total des marchandises s’élevait à 49,4 milliards d’euros en 2024, dont un excédent de 27,9 milliards d’euros pour l’UE.
Les exportations européennes vers l’Australie concernent surtout les machines, les équipements de transport et les produits chimiques, tandis que les importations en provenance d’Australie portent principalement sur les produits minéraux et végétaux. Les relations économiques bilatérales reposent déjà sur plusieurs cadres, notamment le Partnership Framework de 2008, un Framework Agreement politique en vigueur depuis 2022, ainsi qu’un accord de reconnaissance mutuelle destiné à réduire les obstacles techniques pour certains produits industriels.
Que prévoit l’accord de libre-échange sur les droits de douane ?
L’accord vise d’abord à supprimer la quasi-totalité des droits de douane sur les exportations européennes vers l’Australie. Selon la Commission européenne, 97,6 % des exportations de biens de l’UE vers l’Australie seront exemptées de droits de douane dès l’entrée en vigueur, et près de 2 % supplémentaires le seront après une période de transition pouvant aller jusqu’à cinq ans. Ce qui permettrait d’économiser "plus d’un milliard d’euros de droit payés chaque année".
Les secteurs industriels européens les plus concernés sont notamment l’automobile et les pièces détachées, les machines, les produits chimiques, le textile, les plastiques, la plupart des produits sidérurgiques, ainsi que le bois et l’ameublement. Côté agroalimentaire, l’Australie supprimera aussi ses droits de douane sur les exportations européennes, à l’exception d’une courte période de transition pour certains fromages. Sont notamment visés le vin, les spiritueux, le chocolat, les confiseries, les pâtes, les préparations à base de céréales et plusieurs produits transformés à forte valeur ajoutée.
L’accord permettra également à l’UE de diminuer sa dépendance à la Chine concernant les matières premières essentielles. Ainsi, l’Australie va abaisser les droits de douane sur les importations et va ouvrir des possibilités d’investissements dans ce secteur. Grâce à cet accord, les exportations de l’UE vers l’Australie devraient augmenter de 33 % dans les dix prochaines années, afin d’atteindre un montant de 17,7 milliards d’euros par an, selon la Commission européenne. La Commission européenne présente ainsi le texte comme un instrument de sécurisation des approvisionnements, y compris sur l’énergie.
Quels sont les autres secteurs couverts par l’accord ?
L’accord va également au-delà du commerce de marchandises. Il comprend des chapitres sur les services et l’investissement, le commerce numérique, les marchés publics, les PME, l’énergie et les ressources, la propriété intellectuelle ou encore le règlement des différends. Dans les services, l’objectif affiché est d’offrir davantage de transparence et de sécurité juridique aux entreprises européennes, d’ouvrir de nouvelles possibilités d’investissement et de garantir un traitement non discriminatoire aux prestataires européens. Les secteurs visés incluent notamment les services de livraison, les télécommunications, les services financiers et le transport maritime international.
Le texte contient aussi des dispositions sur la mobilité de certains professionnels. Il prévoit des facilités pour les cadres et spécialistes envoyés dans des filiales, pour certains prestataires de services temporaires, ainsi que des quotas d’entrée pour des chercheurs et des ingénieurs stagiaires. Sur le numérique, l’accord doit sécuriser les transactions transfrontalières en ligne, garantir davantage de prévisibilité aux entreprises et limiter les discriminations entre activités en ligne et hors ligne. Pour les PME, chaque partie devra mettre à disposition des informations d’accès au marché sur un site public et créer un point de contact dédié.
Autre volet important : les marchés publics. L’Australie doit ouvrir davantage ses appels d’offres aux entreprises européennes, au-delà de ce qui existe déjà dans le cadre de l’Accord sur les marchés publics de l’OMC. Selon la Commission, des entreprises de l’UE pourront candidater, à égalité avec les entreprises locales, à des marchés relevant d’environ 60 nouvelles entités couvertes aux niveaux fédéral et des États.
Des garanties sont-elles prévues ?
Comme dans d’autres accords commerciaux, les agriculteurs européens ressentent de vives inquiétudes quant à l’avenir de leurs productions, notamment pour les productions dites sensibles comme la viande, le sucre, les produits laitiers, le maïs doux ou encore le riz.
Ainsi, des quotas d’importation vont être mis en place progressivement. Par exemple pour la viande bovine, l’UE prévoit l’importation de 30 600 tonnes, dont 55 % ne seront pas soumis à des droits de douane. Cette viande devra être de la viande bovine "de pâturage", nourrie à l’herbe. Les 45 % restants (soit 13 770 tonnes) seront taxés avec un droit de douane réduit de 7,5 %. Afin d’assurer une transition de marché, les volumes seront introduits progressivement sur 10 ans.
L’accord va également protéger la filière ovine et caprine en limitant les importations non soumises à des droits de douane à 25 000 tonnes par an (à l’issue d’une période de 7 ans), ce qui correspond à environ 4 % de la consommation actuelle dans l’UE. Les importations de canne à sucre brute destinées au raffinage (sans droit de douane) seront limitées à 35 000 tonnes. Les mêmes dispositions seront mises en place pour le riz à hauteur de 8 500 tonnes par an. Enfin, l’accord prévoit également des quotas d’importation sans droit de douane pour le gluten de blé (20 000 tonnes), le maïs doux (800 tonnes), le rhum en vrac (750 hl), les amidons et fécules dérivés (1 000 tonnes) et l’éthanol (10 000 tonnes).
Par ailleurs, l’accord va créer un mécanisme de sauvegarde bilatéral qui "permet à l’UE et à l’Australie d’imposer des mesures de sauvegarde temporaires au cours des 7 premières années suivant l’entrée en vigueur de l’accord". Ce mécanisme peut être activé lorsqu’une augmentation significative des importations est remarquée et qu’elle provoque ou risque de provoquer un préjudice grave à l’industrie nationale, ou une détérioration grave de la situation économique, dans une ou plusieurs régions de l’UE.
Qu’en est-il des indications géographiques et du vin ?
L’un des sujets les plus sensibles des négociations portait sur la protection de certaines appellations européennes. L’accord prévoit finalement la protection en Australie de 165 indications géographiques (IG) agricoles et alimentaires et de 231 indications géographiques de spiritueux. Les deux parties pourront en ajouter d’autres à l’avenir.
Un accord modernisé sur le vin a aussi été négocié en parallèle. Il met à jour la liste des IG viticoles de l’UE protégées en Australie, avec l’ajout d’environ 50 nouvelles IG. Le cas du Prosecco a fait l’objet d’un compromis spécifique : les producteurs australiens disposeront d’une période de transition de dix ans après l’entrée en vigueur de l’accord avant de ne plus pouvoir utiliser ce terme à l’export, tandis que son usage comme nom de cépage restera possible sur le marché australien sous des règles d’étiquetage strictes.
Quelles suites pour le texte ?
Le texte publié à ce stade reste provisoire et peut encore faire l’objet de modifications techniques dans le cadre de la révision juridique et linguistique. Une fois cette étape achevée, il sera présenté au Conseil de l’Union européenne. Après adoption par le Conseil, l’UE et l’Australie pourront signer l’accord. Le texte sera ensuite transmis au Parlement européen pour approbation.
L’accord ne pourra entrer en vigueur qu’après le consentement du Parlement européen, la décision formelle du Conseil de conclure l’accord, et l’achèvement de la procédure de ratification australienne.