Le Canada et le Mercosur voudraient signer un accord de libre-échange cette année

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Le Devoir | 20 avril 2026

Le Canada et le Mercosur voudraient signer un accord de libre-échange cette année

par Catherine Morrison, La Presse canadienne

Huit ans après le lancement de négociations de libre-échange entre le Canada et le bloc commercial du Mercosur, une responsable brésilienne affirme qu’un accord pourrait être signé d’ici la fin de l’année.

La directrice des négociations extrarégionales et de la gouvernance économique au ministère brésilien des Affaires étrangères, Paula Barboza, a déclaré à La Presse canadienne que les pourparlers ont été stimulés par une « impulsion politique », tandis que le Canada et d’autres pays s’efforcent de diversifier leurs échanges commerciaux.

« Je pense que ces négociations constituent une priorité pour nos gouvernements respectifs et que nous tenons à les conclure le plus rapidement possible », a-t-elle affirmé lors d’une entrevue.

Le Canada a entamé des négociations en vue d’un accord de libre-échange avec le bloc commercial sud-américain en 2018. Le Mercosur comprend l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

D’après le site Web du gouvernement canadien, le Mercosur représente un PIB de plus de 3000 milliards $US et une population de 282 millions d’habitants. Les échanges commerciaux de marchandises entre le Canada et le Mercosur ont atteint 15,8 milliards $CA en 2024, pour des exportations canadiennes évaluées à 3,1 milliards $CA et des importations estimées à 12,8 milliards $CA, peut-on aussi y lire.

Le même site indique qu’un accord de libre-échange avec le Mercosur pourrait réduire jusqu’à 35 % les droits de douane sur les exportations canadiennes de véhicules automobiles, de technologies de l’information et des communications, de machines industrielles, de produits chimiques et de plastiques ainsi que de produits forestiers.

D’autres secteurs pourraient également profiter d’une baisse des droits de douane, notamment ceux des produits médicaux et pharmaceutiques ainsi que de l’aluminium.

Le gouvernement fédéral canadien n’a pas répondu aux multiples demandes de commentaire concernant les négociations commerciales.

Un intérêt commun pour la diversification

Bien que les négociations se poursuivent depuis plusieurs années, Mme Barboza souligne qu’il existe désormais un intérêt politique à faire avancer les choses.

La responsable brésilienne ajoute que la Chine était devenue un partenaire commercial dominant pour le bloc du Mercosur et qu’« il est important de se diversifier ». Plus tôt cette année, le Mercosur et l’Union européenne ont signé un accord de libre-échange historique.

Le Canada, quant à lui, cherche activement à diversifier ses échanges commerciaux en réponse aux droits de douane et aux menaces du président américain, Donald Trump.

« Je pense que la priorité accordée au rééquilibrage des balances commerciales s’accroît, indique Paula Barboza. Les deux parties estiment qu’il est important de diversifier non seulement leurs fournisseurs, mais aussi leurs destinations. »

Des négociations avec le Canada ont eu lieu au Brésil en février, affirme Mme Barboza, et un nouveau cycle y est prévu ce mois-ci. En mai, les négociations devraient se tenir au Canada, précise-t-elle. « Nous verrons alors où nous en sommes, dit-elle. Sinon, nous poursuivrons en juin, en juillet, dès que cela sera possible. »

Le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, a déclaré plus tôt cette année que le premier ministre Mark Carney avait accepté une invitation à se rendre au Brésil en avril. Mme Barboza dit ne pas avoir encore de confirmation quant à la date à laquelle cette visite pourrait avoir lieu.

Des avantages et des obstacles

Ces négociations se poursuivent dans le cadre des efforts du premier ministre Carney visant à diversifier le commerce, souligne Fen Osler Hampson, professeur d’affaires internationales à l’Université Carleton.

Il ajoute que cette initiative vise également à améliorer l’accès au plus grand marché d’Amérique du Sud et à « donner aux exploitations agricoles canadiennes une meilleure chance de rivaliser avec d’autres acteurs, comme les Chinois et les Européens, qui sont déjà présents sur ce marché ».

« Il existe manifestement un potentiel pour augmenter de manière assez importante nos échanges commerciaux et en particulier nos exportations vers cette région », avance-t-il.

Toutefois, ajoute M. Hampson, il existe des obstacles à la conclusion d’un accord, tels que les préoccupations environnementales.

« Lorsque votre plus grand marché n’est plus aussi accessible qu’auparavant, vous cherchez d’autres options, et je pense donc qu’il y a là un impératif politique. »

Ceux qui en profiteraient seraient les producteurs d’engrais et de céréales, les entreprises forestières et les fabricants de produits alimentaires transformés, d’après Fen Osler Hampson. Il ajoute que le Canada entretenait déjà des « échanges commerciaux assez florissants » dans le domaine des machines et des pièces d’avion, mais qu’il existait des possibilités d’expansion.

« Un secteur qui pourrait s’avérer important, car il est durement touché par les droits de douane, est celui des pièces automobiles, précise-t-il. Un accord de libre-échange nous permettrait donc de diversifier nos débouchés au-delà du marché américain. »

Du côté des services, le professeur souligne que le Canada compte également de nombreuses petites et moyennes entreprises fournissant des services d’ingénierie, de conseil et d’exploitation minière, qui tireraient profit de l’accès au marché sud-américain.

Inquiétudes chez les agriculteurs

« Le revers de la médaille, c’est que chaque fois qu’il y a un accord de libre-échange, certains secteurs chez nous risquent d’être confrontés à une concurrence accrue, et c’est le cas pour le bœuf, la volaille, certains aliments transformés ainsi que l’industrie manufacturière », note cependant M. Hampson.

Et justement, la Fédération canadienne de l’agriculture a de « sérieuses inquiétudes » quant à la reprise des négociations en vue d’un accord de libre-échange entre le Canada et le bloc du Mercosur, mentionne son président, Keith Currie, dans un courriel.

« Les pays du Mercosur bénéficient d’une économie d’échelle importante, de coûts de production plus bas et d’approches réglementaires et environnementales différentes de celles du Canada », fait-il valoir.

source : Le Devoir

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