La Presse | 6 mai 2026
Accord commercial avec le Mercosur : Les producteurs demandent l’exclusion du bœuf
par Mylène Crête
Les producteurs de bœuf craignent de servir de monnaie d’échange dans les négociations commerciales entre le Canada et les pays du Mercosur. Ils demandent que leurs produits soient exclus de l’accord de libre-échange.
« Pour que le commerce fonctionne, il doit être réciproque, équitable, mais avec le Mercosur, il n’est ni l’un ni l’autre », a affirmé Jean-François Gaudette, représentant de la Montérégie-Est au conseil d’administration des Producteurs de bovins du Québec.
Il s’était déplacé sur la colline du Parlement mercredi en compagnies d’autres éleveurs de l’Ouest canadien et de l’Ontario pour dénoncer l’empressement du gouvernement à conclure un accord commercial d’ici la fin de l’année et son manque de transparence. Les négociations entamées il y a huit ans et mises sur pause durant les années pandémiques se sont intensifiées après l’élection de Mark Carney.
Le premier ministre s’est donné pour objectif de doubler les exportations à l’extérieur des États-Unis, de 300 à 600 milliards, au cours de la prochaine décennie, en réaction à l’incertitude causée depuis plus d’un an par les droits de douane américains.
Il courtise de grands marchés comme ceux de la Chine et de l’Inde, deux pays où il s’est rendu au cours des derniers mois, mais il estime aussi que le Mercosur constitue un partenaire important.
Ce bloc commercial est formé de quatre pays d’Amérique du Sud : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Il représente un marché de plus de 270 millions de personnes avec un produit intérieur brut (PIB) de 4000 milliards en dollars canadiens.
Le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, l’a invité à venir le rencontrer dans son pays. La date du voyage n’a pas encore été fixée, mais le premier ministre Carney a bien l’intention d’y aller, a confirmé son bureau.
Le commerce entre le Canada et les pays du Mercosur atteignait 15,8 milliards de dollars en 2024 et s’appuyait surtout sur les importations de produits sur le sol canadien. Elles s’élevaient à 12,8 milliards contre 3,1 milliards pour les exportations canadiennes.
Or, les producteurs de bœufs ne se font pas d’illusions sur leur accès à ce marché. « On offre un produit haut de gamme, donc ça serait difficile pour nous de faire concurrence là-bas, surtout que les normes environnementales, les normes de travail, les normes de salubrité sont loin d’être les mêmes qu’ici », a fait valoir M. Gaudette.
Il a fait valoir que déjà 30 % du bœuf consommé au Canada provient de l’étranger étant donné que l’industrie locale n’arrivait pas à répondre à la demande intérieure au cours des dernières années.
Les producteurs de bœuf sont appuyés par plusieurs députés conservateurs et bloquistes, dont Jacques Gourde, Simon-Pierre Savard-Tremblay et Sébastien Lemire.
“Le Mercosur offre peu d’opportunités, selon ce qu’on en sait pour les secteurs agricoles en raison de la forte compétitivité des pays comme le Brésil, qui est un grand exportateur.”
Simon-Pierre Savard-Tremblay, député du Bloc québécois
Les conservateurs ont accusé les libéraux de fragiliser l’industrie agroalimentaire canadienne lors de la période des questions. « Le ministre s’engagera-t-il aujourd’hui à protéger les producteurs de bovins canadiens et à exempter l’agriculture de tout accord commercial du Mercosur ? », a demandé le député saskatchewanais Steven Bonk.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a rappelé que le Canada avait conclu 20 ententes commerciales au cours des six derniers mois sur quatre continents.
« Nous créons des débouchés commerciaux pour les Canadiens et les agriculteurs canadiens partout dans le monde, a-t-elle répondu. Prenons l’exemple de la Chine, prenons aussi l’exemple du Mexique. »
Au début du mois, le premier ministre Carney a abordé « la possibilité d’augmenter les exportations canadiennes », selon le compte rendu d’une discussion avec le président argentin, Javier Milei.
L’incertitude économique causée à l’échelle mondiale par l’administration Trump aux États-Unis a également fait débloquer des négociations entre le Mercosur et l’Union européenne qui traînaient depuis plus de 25 ans.
Dans l’accord conclu en janvier, l’Union européenne a choisi de protéger son industrie bovine. L’entente ne prévoit pas d’exemption de droits de douane pour les importations de bœuf, mais plutôt un quota qui correspond à 1,5 % de la production actuelle. Ainsi, 99 000 tonnes de bœuf en provenance de ces pays d’Amérique du Sud pourront bénéficier d’un droit de douane réduit de 7,5 % sur le continent européen.