La jeunesse africaine déclare la guerre depuis Banjul

Sud Online (Sénégal)

CONTRE LA SIGNATURE DES APE
La jeunesse africaine déclare la guerre depuis Banjul

lundi 16 avril 2007

De Yaoundé à Abidjan, d’Accras à Nouakchott en passant par Lagos, Freetown, Libreville, Ouagadougou, Dakar (...), la jeunesse africaine regroupée au sein d’Africa Youth Coalition Against Hunger / Coalition africaine des jeune contre la faim (AYCAH) a convergé à Serrekunda en Gambie pour dire « non aux Accords de partenariat économiques ».

Le thème de ladite rencontre est : « Big noise campaingn on Epas » (le grand bruit de la campagne contre les Ape). Pour atteindre leurs objectifs, les jeunes ont décidé de sortir des salles d’hôtels et de conférence des grandes villes africaine et partir à la rencontre des populations. Car pour eux, ces dernières sont les concernés directs. En quoi consistent ces accords de partenariat économiques ? Ils sont des accords commerciaux de libre échange en cours de négociation entre l’Union Européenne et les pays de l’Afrique de l’Ouest. « S’ils sont signés sous leur forme actuelle, ces accords compromettront le développement de l’Afrique de l’Ouest et au-delà de toute l’Afrique » informe la conférence de la jeunesse africaine de lutte contre la faim. En partenariat avec Actionaid International, AYCAH International va mener une série d’activités de masse mobilisation et de lobby afin de faire un maximum de bruit sur les dangers et les méfaits des APE. Ces accords tels que définis aujourd’hui, sont largement en défaveur des petits producteurs des pays africains face aux producteurs européens fortement subventionnés. Pour cette raison, les jeunes africains doivent être à l’avant-garde de ce combat contre l’in équité et le démantèlement de nos économies menacées par ces accords inégaux.

La caravane qui a pris le départ à Dakar dans la journée du mercredi s’est arrêtée dans beaucoup de villages pour informer les populations et les sensibiliser sur les APE. Et toutes les personnes interpellées ont fait part de leurs étonnements. En effet, ils ignorent l’existence de telles négociations. Ils ont fustigé la décision prise par les deux parties et ont demandé aux Etats africains de ne pas signer sans leurs accords. Pour eux, « il serait anormal que nos Etats signent ces accords sans informer les paysans qui sont les producteurs ». A Sandiara sur la route de Kaolack, les femmes productrices ont lancé un appel aux décideurs africains afin que ces accords ne soient pas signés. Composé d’une vingtaine de nationalité, ces jeunes ont passé la nuit à la frontière entre le Sénégal et la Gambie plus précisément à Karang dans la partie sénégalaise. Le lendemain matin après les formalités, ils ont organisé une marche en prenant comme point de départ, les barrières qui séparent les deux pays c’est-à-dire entre Karang (Sénégal) et Hamdalaye (Gambie).

A Serrekunda, une autre marche a été organisée dans l’après midi. La mobilisation était à la hauteur des attentes. Avec les fanfares des scouts près de 1000 jeunes ont pris le départ au croisement d’Ibutown pour rallier Buffa zone à Latrikunda. Une occasion pour eux de communiquer avec leurs frères et sœurs sur les méfaits de ces accords. Les différents délégués qui ont pris la parole à savoir ceux des Etats-Unis, du Ghana, du Sénégal, de l’Allemagne, du Nigeria, du Cameroun, de la Gambie ont fait de leur mieux pour leur expliquer les APE et leurs conséquences.

Quand l’Union Européenne minimise les effets négatifs

Le lendemain a été réservé aux visites de quelques institutions nationales et internationales. Entre autres, l’Assemblée Nationale, le Ministère de l’Agriculture, le Ministère de la Jeunesse et au siège de l’Union Européenne. Au niveau de la représentation européenne, la Chargée d’Affaire, Mme Hélène Cavé n’a ménagé aucun effort pour recevoir cette délégation. A l’entame de son propos, le président d’AYCAH international, El Hadj Kébé a expliqué les raisons de leur mouvement. Il a révélé que l’Afrique n’est pas encore prête pour la signature de ses accords de partenariat économique. Pour lui, il y a un préalable aux APE qui n’est autre que l’intégration africaine. De son côté Mme Cavé a essayé de les convaincre à œuvrer pour la signature de ces accords. Certes, il y a des conséquences, mais elle soutient qu’elles doivent être minimisées. « Les effets négatifs des APE doivent être minimisées » a-t-elle lancé avant de révéler que ces accords auront une importance capitale pour les pays africains. Elle poursuit : « Le concept de l’accord de partenariat économique trouvé dans l’accord de Lomé demandait de négocier dans les accords commerciaux qui soient à la fois porteurs du développement et en conformité avec les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). La dérogation que nous avons obtenue à l’OMC à Doha pour notre régime de préférence unilatérale dans le cadre de Cotonou arrive à expiration à la fin de l’année. Donc c’est une nécessité d’être en conformité avec l’OMC puisque les pays de l’Union Européenne et vos pays sont membres de l’OMC. Sinon ce régime préférentiel peut être un challenge à l’OMC. Ceci est une recommandation très forte d’être en conformité avec l’OMC. Je comprends les craintes que vous avez exprimé à la fois parce que l’APE est un concept nouveau, innovant et ambitieux. Donc c’est normal qu’il y ait des craintes. Il faut aussi mentionner que s’il n’y a pas d’accords partenariat économique quelle sera la situation ? Pour les pays les moyens avancés nous aurons toujours tout sauf les armes pour les PMA, d’un accès au marché européen de tous vos produits sans taux de douanes ni contingents sauf pour les armes et avec de petites et moyennes différences sur quelques produits c’est-à-dire sucrerie et bananes. Malheureusement force est de constater, les statistiques sont là que même si ses préférences étaient utiles, elles n’ont pas été suffisantes pour développer vos marchés pour accéder en quantité et en qualité le marché européen. »

Mamadou Diop Decroix : « Les accords ne doivent pas être signés dans n’importe quelle condition »

L’invité de la rencontre est l’ex-ministre du Commerce du Sénégal Mamadou Diop Decroix. Interpellé sur sa présence en Gambie, M. Diop dira : « Je suis là pour répondre à l’invitation d’Africa Youth Coalition Against Hunger / Coalition africaine des jeune contre la faim (AYCAH). Il soutient que « c’est une bonne rencontre d’intégration parce qu’il y a beaucoup de nationalités. On y trouve des jeunes Ivoiriens, Maliens, Nigérians, Camerounais, Gabonais, Burkinabés, Sénégalais Américains etc. Les accords nous souhaitons qu’ils soient signés mais pas dans n’importes quelles conditions. Les africains demandent à ce qu’il y ait un nouveau mandat politique de négociations qui puisse permettre de revenir un peu sur quelques aspects de l’accord de Cotonou de 2000. Et réajuster un peu. C’est-à-dire la dimension développement des accords. Le commerce et le libre échange dans un contexte de booster le levier u développement en Afrique dans la CEDEAO en particulier. » Il faut préciser que ce n’est pas seulement les africains qui s’opposent à la signature de ces accords. Le parlement et la société civile de l’Union Européenne sont contre la signature de ces accords.

source : Sud Online

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