APE : Maurice joue ses dernières cartes

L’Express (Maurice) | lunid 15 octobre 2007

APE : Maurice joue ses dernières cartes

Les discussions entre les pays de l’Eastern and Southern Africa et l’Europe au point mort, Maurice sort l’option COI. Les ministres des Affaires extérieures de cette commission se sont réunis aux Seychelles la semaine dernière.

Le temps presse. Maurice continue à chercher des options pour arracher un accord commercial avec l’Europe d’ici la fin de l’année. Le composant commercial de l’accord de Cotonou (accord qui encadre les rapports économiques entre les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique - dont Maurice - et l’Europe) sera remplacé par un Accord de partenariat économique (APE)en janvier 2008. L’Union européenne (UE) traitera dorénavant avec des sous-groupes régionaux.

Les discussions entre l’Eastern and Southern Africa (ESA), sous-groupe auquel appartient Maurice et l’UE sont au point mort. Les négociateurs mauriciens ont un plan B, soit un éventuel accord entre l’Europe et la Commission de l’océan Indien (COI). La possibilité d’un arrangement bilatéral entre Maurice et l’Europe comme un dernier recours n’est pas à écarter.

Les ministres des Affaires extérieures de la COI se sont réunis la semaine dernière aux Seychelles pour passer en revue le plan B et préparer une offre d’accès au marché en conséquence. Les délibérations ont évolué dans la bonne voie, apprenons-nous des sources diplomatiques.

Avec l’entrée en opération de l’APE, l’Europe mettra un terme aux échanges préférentiels non réciproques avec les pays ACP. Ces derniers devront ouvrir l’accès à leurs marchés aux produits européens en franchise de douane. L’élément de réciprocité fait beaucoup tiquer.

La grande majorité des Etats de l’ESA sont des pays moins avancés (PMA). De ce fait, ils bénéficient du régime non réciproque “Tout sauf armes”. Ils peuvent donc continuer à exporter sur l’Europe en franchise de douane mais n’ont aucune obligation de réduire leurs tarifs douaniers sur les produits européens. Les PMA n’ont aucun intérêt à être partie prenante d’un APE.

D’autre part, des non-PMA du groupe tels le Kenya et la Tanzanie appartiennent déjà à une union douanière et veulent traiter avec l’UE à travers cette entité. Ces considérations retardent les pourparlers et Maurice a sorti l’option COI. Lors de la réunion aux Seychelles, les Etats membres ont étudié la possibilité de faire une offre d’accès au marché qui soit compatible aux règles de l’OMC.

Maurice est plutôt favorable aux exigences de réciprocité. Il a, du reste, déjà baissé de manière significative ses droits de douane au cours de ces dernières années. L’économie mauricienne est plus à même d’absorber d’autres réductions tarifaires sous l’APE.

Le pays peut proposer une ouverture de marché qui exclut seulement 6 % de ses importations (les exclus sont des produits sensibles). “Les autres pays de la COI ont des listes de produits sensibles plus longues, mais nous pouvons arriver à une moyenne de 20% pour l’ensemble de la région. Ce pourcentage de produits sensibles devrait satisfaire les normes de l’OMC”, dit un responsable de la diplomatie commerciale à l’Hôtel du gouvernement.

Négocier à travers la COI présente d’autres avantages. “La COI et l’UE ont une longue tradition de coopération. L’Europe est le principal bailleur de fonds de cette sous-région. Le secrétariat de la COI pourra coordonner les négociations. Les choses devraient avancer plus facilement. Nous avons une meilleure marge de manœuvre avec l’option COI qu’avec l’ESA”, soutient-on.

N’empêche que l’Europe pourrait ne pas être très enthousiaste à l’idée d’un partenariat avec la COI. A l’exception de Maurice, les autres pays de la sous-région n’offrent pas des marchés intéressants aux entreprises d’Europe.

Toujours est-il que l’option d’un accord ESA-UE n’est pas à abandonner. Une rencontre entre les diplomates de l’ESA se tient aujourd’hui à Madagascar.

Pour les Européens, la réciprocité dans les échanges n’est pas une revendication de l’UE. Elle répond avant tout à un souci de conformité avec l’OMC. Bruxelles se dit convaincue qu’une réduction (progressive et ciblée) des tarifs d’importation dans les pays ACP sera bénéfique à leurs entreprises et à leurs consommateurs.

Les entreprises pourront acheter des équipements et des matières premières à meilleur marché, rendant ainsi les produits fabriqués plus compétitifs.

L’échec d’un accord d’ici le 31 décembre signifie que les produits ACP en Europe tomberont sous le régime Generalised system of preferences. Ce système offre des conditions nettement moins avantageuses que l’accord de Cotonou. Face à cette éventualité, Maurice garde une dernière carte en main: un accord commercial bilatéral avec l’Europe.

Akilesh ROOPUN

source : L’Express

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