Intégration économique arabe: Profusion de verbes pour si peu d’actes

La Nouvelle Republique, Alger, le 22 mars 2005

Intégration économique arabe
Profusion de verbes pour si peu d’actes

Les capitaux arabes «expatriés» s’estimaient, lors du 10e Congrès des hommes d’affaires et investisseurs arabes qu’avait abrité Alger en décembre 2003, à 900 milliards de dollars US.
Depuis, plusieurs études et analyses d’institutions internationales sont venues corroborer ce chiffre en situant ces dollars hors régions entre 800 et 1 200 milliards de dollars dormants sur des comptes en Occident ou servant de monnaie d’échange sur des bons américains. En effet, l’argent non investi dans le monde arabe sert souvent à financer l’effort de guerre américain... sur le sol arabe !

Les statistiques parlent du malaise des échanges interarabes. Si la coopération économique est pratiquement nulle - hormis quelques exceptions confirmant la règle - celle liée au commerce l’est moins, mais assez forte pour laisser apparaître une force régionale. Seulement 7 à 10%, à peine l’équivalent de 15,5 milliards de dollars US, de l’ensemble des échanges extérieurs des 22 pays arabes s’effectuent à l’intérieur de la région. Sur cette infime proportion, la moitié des transactions se limite aux hydrocarbures. 70% des recettes du monde arabe, faut-il le mentionner, sont générées par le gaz et le pétrole.
Et les décideurs arabes ne semblent pas presser, outre mesure, d’accélérer l’intégration économique régionale.

La lenteur, pour ne pas dire le désintérêt d’aller vers une complémentarité économique entre les nations arabes, a marqué de son empreinte les différentes réunions des chefs d’Etat. Les sommets défilant sans que les expressions de bonne volonté ne soient réellement concrétisées. C’est le cas de le dire pour la zone de libre-échange arabe. Entrée en vigueur depuis le 1er janvier dernier, la zone n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Pourtant, la concrétisation d’un tel espace devait avoir lieu depuis longtemps.

55 ans pour dessiner un début d’intégration

Un rétrospective témoigne du temps perdu. Les premiers pas dans le sens du développement de l’intégration économique entre les pays arabes remontent à 1950. Le Traité sur le transit commercial (1953) a été le premier accord visant à faciliter les échanges commerciaux par la mise en place de tarifs préférentiels sur des produits agricoles et industriels. 11 ans plus tard, soit en 1964, a été signé le premier accord pour la création d’un marché commun arabe. Les fondateurs furent la Jordanie, la Syrie, l’Egypte et l’Irak. La Libye a rallié l’accord en 1975.

Toujours sur le plan commercial, l’année 1981 marquera la naissance d’un accord dont l’objectif principal n’est autre que l’instauration d’une zone de libre-échange. C’était la première fois où les gouvernants arabes faisaient d’une zone de libre-échange un levier pour stimuler l’intégration. Parmi les orientations de cet accord, la libéralisation progressive des échanges et la mise en place d’une union douanière.
En février 1997, l’Union économique arabe (institution créée en 1957 dans le cadre de la Ligue arabe) avait décidé de créer pour 2008 une «zone arabe de libre-échange» AFTA (Arab Free Trade Area).

A cette fin, 18 des 22 membres de la Ligue arabe ont signé un traité visant à éliminer toutes les barrières commerciales existantes entre eux, en abaissant annuellement de 10% leurs droits de douane à partir de janvier 1998. Lors du Sommet de la Ligue arabe, tenu à Amman en avril 2001, les chefs d’Etat avaient insisté sur la nécessité d’avancer vers l’objectif à long terme de créer un véritable bloc économique arabe.
En septembre 2001, le Conseil économique et social de la Ligue arabe avait décidé d’avancer la date de la fin de la période de transition à 2005, au lieu de 2008.

Il aura fallu donc attendre plus de 55 ans pour commencer à voir les prémices d’une intégration économique se dessiner. Et encore ! Quatre pays dont l’Algérie n’ont pas encore rejoint la ZALE.

Les pays arabes signataires de l’accord de la ZALE sont actuellement au nombre de 16. Il s’agit du Maroc, de la Tunisie, de la Libye, de l’Egypte, du Liban, de la Syrie, de la Palestine, de la Jordanie, de l’Irak, du Koweït, de l’Arabie Saoudite, des Emirats arabes Unis, du Sultanat d’Oman, du Qatar, du Bahreïn et enfin du Yémen.

Cette zone devra permettre de dynamiser les échanges commerciaux, développer le tissu industriel, soutenir l’activité économique et l’emploi, augmenter la productivité et améliorer le niveau de vie dans les pays signataires, souligne le texte.

De même, il devra favoriser la coordination des politiques macroéconomiques et sectorielles des pays parties à l’accord, notamment dans les domaines du commerce extérieur, de l’agriculture, de l’industrie, de la fiscalité, des finances, des services et de la douane, en plus de sa contribution à l’harmonisation des législations dans le domaine économique des pays signataires.

Les freins pour l’émergence d’une efficiente ZALE

Au moment où les Etats-Unis d’Amérique intensifie l’effort pour la création de la grande zone de libre-échange du Moyen-Orient, la ZALE rencontre d’innombrables écueils, tant administratifs, techniques que financiers. C’est l’ensemble de l’initiative qui se retrouve en péril par manque de célérité. Une des limites de la grande zone arabe de libre-échange réside dans le fait que les produits agricoles ne bénéficient pas des réductions tarifaires durant la période de récolte. Les régulations techniques et de standardisation restent encore en dehors des préoccupations de la ZALE.

Pour corriger la trajectoire, le Conseil économique et social (CES) doit élaborer prochainement un programme exécutif portant création d’une union douanière arabe, qui devrait être soumis au 18e Sommet arabe en 2006. C’est l’une des conclusions de la réunion qui s’est tenue à Alger en prélude du 17e Sommet de la Ligue des Etats arabes. Entre temps et jusqu’à nouvel ordre, les peuples arabes continueront à mâcher du verbe, faute de mieux.

22-03-2005
M. Zentar

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