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Zone de libre-échange continentale : les forces et faiblesses du processus passées à la loupe

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Le Soleil | 27 août 2016

Zone de libre-échange continentale : les forces et faiblesses du processus passées à la loupe

par Souleymane Diam SY

Un an après leur lancement, les négociations sur l’édification d’une zone de libre-échange continentale (Zlec) africaine à l’horizon 2017 ont pris un tournant décisif, malgré des retards notés. Des experts impliqués dans le processus ont indiqué, avant-hier, au cours d’un séminaire organisé par l’Institut africain de développement économique et de planification (Idep) que le retard accusé n’entame pas le déroulement normal du processus.

En juillet 2012, les chefs d’Etat et de gouvernement africains, réunis à Addis-Abeba, se sont engagés à accélérer l’établissement du marché commun africain par la création d’une zone de libre-échange continentale (Zlec) africaine à l’horizon 2017. Une commission de haut niveau composée des présidents de chacune des Communautés économiques régionales (Cer) et de celui de la Commission économique de l’Union africaine (Ua) a été mise en place pour faciliter la suppression des barrières commerciales. Identifiées comme une initiative prioritaire de l’Agenda 2063 de l’Union africaine (Ua), les négociations sur l’établissement de cette zone ont été lancées lors du sommet de l’Ua qui s’est tenu, en juin 2015, à Johannesburg, en Afrique du Sud. A quelques mois de la date butoir, il était nécessaire de faire un état des lieux de la marche vers la mise en place de la zone de libre-échange continentale africaine. L’Institut africain de développement économique et de planification (Idep), en collaboration avec le Centre africain pour le commerce, l’intégration et le développement (Cacid), s’est livré à cet exercice, en organisant, avant-hier, un séminaire qui a réuni de nombreux experts sur le thème : « Les prémices de la Zlec africaine : Que reste-il à faire ? ». Dans son exposé, Dr Cheikh Tidiane Dièye, directeur exécutif du Cacid, est largement revenu sur les soubassements institutionnels et économico-stratégiques de cette initiative, le niveau d’ambition et les défis. Il a rappelé que la marche vers la Zlec a été enclenchée en 1991, lors du Traité d’Abuja. Il faudra attendre plus de deux décennies (2012) pour voir l’amorce de cette intégration posée, avant l’ouverture des négociations trois ans plus tard. M. Dièye a précisé que les dirigeants africains s’étaient fixé comme objectifs d’aller vers la Zlec en 2017, l’union douanière en 2019 et un marché commun en 2023 et l’union monétaire en 2028.

Bloc dense, fort et harmonisé

S’agissant des soubassements économico-stratégiques, le directeur exécutif du Cacid a indiqué que l’Afrique dispose de potentiels de développement qui n’existent nulle part ailleurs au monde, notamment la richesse de son sol et de son sous-sol et un marché de 2 milliards d’habitants. « Pourquoi nous sommes restés si pauvres, alors que nous disposons de tout ce potentiel » ?, a-t-il lancé. « Ce constat amer a, à son avis, fouetté l’ardeur des dirigeants africains pour aller vers cette union ». Pour lui, les régions les plus intégrées économiquement sont les plus développées au monde. Il a donné l’exemple de l’Union européenne, de l’Amérique du nord avec l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain), l’Amérique Latine, etc.

Toutefois, a-t-il relevé, l’émergence des mégas accords commerciaux régionaux comme le Partenariat trans-pacifique conclu entre les Etats Unis et 11 pays d’Asie du Sud (à l’exclusion de la Chine) a des impacts sur l’avènement de la Zlec. « Pour minimiser les risques découlant de ces mégas accords, il faut avoir un bloc dense, fort et harmonisé », a soutenu Dr Dièye, en saluant la prise de conscience de l’importance du commerce comme instrument de transformation et de développement. Le conférencier a indiqué qu’au rang des défis figurent le délai, le financement, la capacité productive, la juxtaposition des accords commerciaux régionaux, reconnaissant, toutefois, qu’il sera difficile de mettre en cohérence les engagements régionaux avec la Zlec. A son avis, il serait mieux de laisser les Cer négocier la Zlec. A ce propos, la chef de la Division des négociations commerciales internationales du ministère du commerce, Astou Sy, a rappelé qu’au début, il était question de piloter les négociations au niveau des Cer. Cette proposition n’a pas prospérer à cause des divergences apparues au cours des négociations, a-t-elle souligné.

Pour arriver à l’établissement de la Zlec, Mme Sy pense que les Etats africains doivent adopter une approche commune, avant de revenir sur les différentes phases du processus. A l’heure actuelle, a-t-elle dit, les instruments permettant de négocier ont été définis et pilotés par le Forum de négociation, précisant que le règlement intérieur ainsi que les termes de références (Tdr) ont été adoptés. Un an après le lancement du processus, elle souligne que le retard noté n’affectera pas le déroulement normal des négociations.

Négociations commerciales : Serigne Mboup regrette la non implication du secteur privé

Le président de l’Union nationale des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal (Unccias), Serigne Mboup, a regretté la non implication du secteur privé dans le processus de négociation sur l’édification d’une zone de libre-échange continentale (Zlec) à l’horizon 2017, d’une union douanière, d’un marché commun, etc. Il prenait part, avant-hier, au séminaire mensuel de développement de l’Idep portant sur « les prémices de la zone de libre-échange continentale (Zlec) africaine ». Selon lui, il y a un écart entre le secteur privé et l’administration chargée de négocier les accords commerciaux internationaux alors que celle-ci est censée le faire à leur profit. « On négocie pour nous, on signe pour nous et on nous demande d’appliquer. Cela ne peut pas continuer », a-t-il affirmé. « Comment peut-on appliquer des choses qu’on ne maîtrise pas » ?, s’interroge-t-il. M. Mboup a suggéré l’intégration des chambres de commerce qui sont les représentations légales du secteur privé dans tous les processus de négociations commerciales. Bamba Diop du ministère du Commerce et Ibrahima Diagne de l’Alliance africaine pour le commerce monétaire partagent cet avis. Ils ont estimé que la Zlec ne peut réussir qu’à travers un « secteur privé fort ». « Il n’y a pas d’économie sans le secteur privé national », a affirmé M. Diagne. De l’avis de Serigne Mboup, les réformes déjà engagées permettront bientôt au secteur privé de parler d’une seule voix.


 source: Le Soleil