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Accord de libre-échange : l’UE et les Philippines relancent les négociations sous fond de tension avec la Chine

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La Tribune | 18 mars 2024

Accord de libre-échange : l’UE et les Philippines relancent les négociations sous fond de tension avec la Chine

L’Union européenne et les Philippines relancent officiellement les négociations autour d’un traité de libre-échange ce lundi. Une bonne nouvelle pour Manille qui a accru les tensions avec Pékin ces derniers temps, notamment en mer de Chine. Le pays d’Asie du Sud-Est possède en plus d’importantes réserves de matières premières.

L’Union européenne et les Philippines ont formellement relancé ce lundi leurs négociations en vue d’un accord de libre-échange. Une bonne nouvelle pour Manille qui cherche à se rapprocher des Occidentaux sur fond de tensions avec la Chine.

« Les conditions sont réunies pour que nos relations commerciales passent à la vitesse supérieure », a annoncé lundi le commissaire européen au Commerce Valdis Dombrovskis lors d’une conférence de presse commune avec le secrétaire philippin au Commerce et à l’Industrie Alfredo E. Pascual, à Bruxelles.

Pour rappel, les pourparlers avaient commencé en 2015, sous la présidence de Benigno Aquino. Mais ils avaient été interrompus deux ans plus tard sous celle de son successeur Rodrigo Duterte (2016-2022), à cause notamment de la guerre meurtrière contre la drogue menée par ce dernier. Les relations diplomatiques avec les Occidentaux s’étaient tendues et une enquête internationale avait été déclenchée.

Bruxelles et Manille avaient donc déjà annoncé en juillet 2023 leur intention de relancer les négociations, lors d’une visite aux Philippines de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le nouveau président philippin Ferdinand Marcos Jr. avait alors vanté « les valeurs communes » entre les deux partenaires. Des discussions préliminaires avaient ensuite été menées en fin d’année. Le premier round de reprise des négociations en vue d’un accord de libre-échange est attendu « cette année », une fois achevées les préparations techniques des deux parties, a indiqué la Commission dans un communiqué.


Réserves de matières premières

Avec ce partenariat, les Philippines visent à une « plus grande résilience économique », déclarait début mars le ministre philippin des Affaires étrangères Enrique Manalo. Tout en soulignant l’importance de pouvoir s’adapter aux « changements soudains », qu’ils soient d’origine humaine ou naturelle. Les Philippines, avec leurs 115 millions d’habitants et un PIB d’environ 370 milliards d’euros, sont la cinquième économie au sein de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) qui compte dix États membres. Sa croissance pourrait atteindre 5,9% en 2024, selon des prévisions.

De son côté, l’UE est le quatrième partenaire commercial du pays, avec un commerce bilatéral de marchandises à 18,4 milliards d’euros, et des échanges de services qui ont représenté 4,7 milliards d’euros en 2022.

Les Philippines disposent de réserves importantes de matières premières essentielles, comme le nickel et le cuivre, indispensables pour les industries de la transition verte. Dans ce domaine, l’UE cherche justement à nouer de nouveaux partenariats mondiaux pour diversifier ses sources d’approvisionnement et améliorer sa résilience économique. Les deux pays chercheront donc à renforcer leur coopération dans ce domaine en utilisant les chaînes d’approvisionnement existantes tout en accroissant l’activité de transformation aux Philippines, expliquait encore début mars le ministre des Affaires étrangères.

Tensions avec la Chine

« L’avenir des relations économiques entre l’UE et les Philippines est très prometteur », s’est donc félicité Alfredo E. Pascual, dont le pays, très dépendant de la Chine, cherche également à renforcer sa sécurité économique. D’autant que les relations avec Pékin se sont tendues ces derniers temps entre les deux pays, notamment en mer de Chine méridionale.

En effet, la Chine revendique la quasi-totalité des îles de la mer de Chine méridionale. Mais d’autres pays riverains comme le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei ont des prétentions concurrentes, qui se chevauchent parfois. Des incidents ont même lieu régulièrement. Début mars, les garde-côtes philippins ont accusé leurs homologues chinois d’avoir provoqué des collisions avec deux de leurs bateaux et d’avoir blessé quatre de leurs membres avec des canons à eau, en marge d’une mission de ravitaillement.

Dans ce contexte, les Philippines ont conclu des accords militaires avec les États-Unis et l’Australie. Et Pékin n’a pas tardé à réagir en accusant récemment les États-Unis d’utiliser les Philippines comme un « pion » en mer de Chine méridionale. De leurs côtés, les dirigeants des pays d’Asie du sud-est (Asean) et de l’Australie ont mis en garde début mars contre « toute action unilatérale qui menacerait la paix, la sécurité et la stabilité dans la région » en mer de Chine méridionale.

(Avec AFP)


 source: La Tribune