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Colombie : Les vautours d’Europe

Rebelión | jeudi 4 mars 2010

Colombie : Les vautours d’Europe

Collectif des Refugiés colombiens en Asturias

L’Europe, poussée par la présidence espagnole compte signer un Accord de Libre Échange (ALE) avec la Colombie. Cette signature pouvant servir de caution morale et politique au président Alvaro Uribe face aux trop nombreuses affaires de disparitions, déportations et d’assassinats, l’Europe saura bien lui faire payer cette absolution en exigeants des privilèges pour ses entreprises.

Cet accord renforcera donc encore le pouvoir des multinationales sur les ressources colombiennes au détriment de la population locale. En janvier dernier nous avions déjà publié l’appel lancé par France Amérique Latine, et avions ouvert une pétition qu’aucune des 340 personnes qui a lu l’appel n’a signé... Il semblerait que les colombiens puissent continuer à souffrir sans déranger grand-monde.

Le monde a vu les conséquences néfastes du néolibéralisme et du "libre-échange" sur les populations les plus pauvres. Les exclus des services de base comme l’eau potable ou la santé ont moins d’espoir d’y avoir droit quand ces derniers sont privatisés et l’alimentation des populations reste aux mains des monopoles qui contrôlent le commerce global. Le modèle néolibéral a tué des millions de personnes, victimes d’une avarice qui menace de casser le système et de détruire la vie sur la planète.

C’est pourquoi il est indigne que quelques gouvernements insistent pour aller encore plus loin dans un modèle qui n’a profité qu’aux sociétés transnationales, gouvernantes qui sont disposées à porter la souffrance des gens du sud du globe à des niveaux inimaginables.

Comment peut-on comprendre que le socialiste Rodríguez Zapatero, Président de l’Union Européenne et de l’Espagne, ai proposé ce semestre — en priorité — de signer un traité de libre-échange avec la Colombie ?

Dans ce pays qui est le nôtre, 70% de la population se nourrit grâce aux paysans qui malgré le déchainement de terreur produisent des aliments pour les marchés locaux à des prix encore accessibles. Notre nourriture nous ne la devons pas aux transnationales européennes, ni à l’OMC, ni aux lois du marché. Si nous passions par eux nous connaitrions la famine qui existe en Afrique.

Mais nos paysans n’ont pas d’appui de part de l’état pour produire des aliments, on ne dispose pas des 70 milliards de dollars avec lesquels l’Europe subventionne chaque année sa production agricole. Un traité commercial entre ces économies si inégales cassera les paysans colombiens et la faim s’étendra sur notre pays.

L’impact sur la santé publique de cet accord commercial peut-être dévastateur. Avec des salaires inférieurs à 200 € mensuels la majorité de la population colombienne restera exclue de l’accès aux services de santé privés. L’UE cherche à étendre en Colombie la période durant laquelle les monopoles pharmaceutiques se remboursent les frais engagés pour ses brevets, cela augmentera le prix des médicaments à des niveaux impayables pour la population colombienne.

Le traité ouvre aux transnationales européennes le privilège d’engloutir les entreprises nationales, de piller les ressources naturelles et d’avoir un marché interne quasi gratuit, main-d’oeuvre incluse. Comme ce la arrive déjà avec les contrats-poubelle que les entreprises espagnoles imposent aux travailleurs colombiens.

Pourquoi monsieur Rodríguez Zapatero s’obstine-t-il à détruire ce qui nous reste de souveraineté alimentaire et de sécurité sociale, dont la défense nous à déjà coûté des milliers de morts, syndicalistes et paysans colombiens ? Ne sait-il pas qu’il vend des armes et fait des affaires avec le pays le plus dangereux du monde pour l’activité syndicale ? Sous la gouvernance d’Uribe Vélez (2 mandats de 4 ans) 587 syndicalistes ont été assassinés selon les chiffres même du Ministère de l’Intérieur colombien, dont 39 l’année dernier.

Ignore-t-elle l’Europe qu’en Colombie plus de 1 200 exécutions extrajudiciaires de civils ont été menées par des membres de l’armée nationale dans l’impunité la plus absolue et que le gouvernement colombien lui même a des liens avec les groupes paramilitaires, responsables de milliers de crimes de guerre ?

Nous sommes sûrs qu’elle le sait, mais peu lui importe. Le ministre espagnol de l’industrie du tourisme et du commerce, Miguel Ángel Sebastián Gascón, le justifie en recourant au cynisme : “mettre des bâtons dans les roues au processus du libre-échange ne va pas améliorer la situation des droits de l’homme en Colombie …"

L’Union Européenne sait qu’Álvaro Uribe a besoin de la signature du Traité de Libre Commerce [1] pour l’étrenner comme un acquittement auprès de l’Europe civilisée des crimes d’état qu’il commet, et profiter de la tragédie du peuple colombien afin d’obtenir des gabelles plus importantes pour les transnationales. Les syndicats colombiens et leurs collèges des syndicats européens ont demandé au Parlement européen qu’il ne ratifie pas cet accord commercial si le gouvernement d’Uribe n’améliore pas la situation des droits de l’homme. Mais cela importe peu aux entrepreneurs européens. Ils n’ont pas de coeur, seulement des poches. Plus que des entrepreneurs ce sont des vautours, puisque leur consigne est “al caído, caerle” [2].

- Version originale : "Los buitres de Europa"
- Traduction : Primitivi

Footnotes:

[1L’Europe nomme ses traité Traité de Libre Commerce ou TCE alors que les USA parlent d’Accords de Libre-Échange. Noms différents qui englobent exactement la même manoeuvre néo-libérale.

[2Al caído, caerle : que l’on peut traduire par "celui qui est déjà tombé, le faire tomber à nouveau" un équivalent pourrait être "frapper l’homme déjà à terre"


 source: Bellaciao