La coopération économique au premier plan

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La vie éco | 3 août 2015
La coopération économique au premier plan
Naoufel Darif

Qu’il s’agisse de la visite en Tunisie, en France, en Afrique, ou même lors de la réception du Roi de Jordanie, les tournées royales sont de plus en plus axées sur l’économique.

La diplomatie économique du Royaume n’a jamais été aussi dynamique. Les déplacements de SM Mohammed VI deviennent de plus en plus centrés sur l’économie, à en juger par les délégations d’hommes d’affaires et de ministres qui l’accompagnent, ainsi que la kyrielle d’accords et de conventions qui en découlent. Qu’il s’agisse de la visite en Tunisie, en France, en Afrique, ou même lors de la réception du Roi de Jordanie, l’économique s’impose en force. Ce fut le cas en mai 2014, lors de la visite du Souverain en Tunisie, la première après la révolution du jasmin. Outre les ministres, une délégation de 90 hommes d’affaires marocains a fait le déplacement. Au total, pas moins de 23 accords portant sur la sécurité, l’énergie, les finances et le tourisme ont été signés au palais de Carthage.

La promotion des échanges Sud-Sud, un choix stratégique

Début 2015, SM le Roi a mené une visite historique à Paris pour y rencontrer le président français. Rencontre qui a mis fin à une année de brouille diplomatique et donné une impulsion salvatrice à la coopération économique en balisant le terrain à la tenue de la commission de haut niveau. Tenue trois mois plus tard, cette dernière a défini une nouvelle feuille de route pour les années à venir, sous l’impulsion royale. D’après un communiqué de Matignon, le Maroc et la France ont décidé de renforcer le volet opérationnel du dispositif de coopération autour de cinq pôles, en l’occurrence le dialogue diplomatique et stratégique ; la sécurité ; la compétitivité économique ; le dialogue des sociétés et le développement durable.

En matière économique, la série d’accords a été marquée par l’accord d’extension du réseau de tramway de Casablanca pour un montant de 65 millions d’euros. La rencontre a aussi connu la signature d’une convention portant sur une ligne de crédit de 25 millions d’euros dédiée aux PME marocaines pour l’acquisition de biens et services français, et un accord de prêt non souverain de 20 millions d’euros entre l’Agence française de développement et la Société de financement pour le développement agricole Tamwil el fellah, filiale du Crédit Agricole du Maroc. A ce titre, les deux pays ont souligné leur volonté de renforcer les partenariats dans le domaine agricole via l’accompagnement par la France du Plan Maroc Vert ; dans le domaine des transports, notamment au service d’une montée en gamme technologique dans le ferroviaire, et dans le domaine de l’eau et de la transition énergétique.

Peu après sa visite en France, le Souverain a reçu en mars 2015 le Roi Abdallah de Jordanie. La visite du Souverain hachémite n’a pas dérogé à la règle. Bien que le volet sécuritaire occupe une part importante des discussions, la rencontre elle a été l’occasion pour les deux chefs d’Etat d’évoquer la question de leur adhésion au Conseil de coopération du Golfe (CCG) et les moyens de renforcer leurs relations bilatérales. Car en dépit de leurs rapports jugés «exceptionnels» et de l’existence d’un accord de libre-échange signé depuis 2004, les échanges commerciaux entre la Jordanie et le Maroc restent très timides. Les voies évoquées par les deux Souverains pour améliorer la coopération devront être concrétisées lors de la 5e Haute commission mixte maroco-jordanienne qui se tiendra ultérieurement.

Cela dit, s’il est un axe sur lequel s’est déployée exceptionnellement la diplomatie économique du Royaume, c’est bien celui du continent africain. Le Souverain fait de la promotion des échanges Sud-Sud un choix stratégique du pays. D’ailleurs, sa tournée de mai 2015 est la deuxième en son genre en l’espace d’un an. Elle l’a mené dans quatre pays, en l’occurrence le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire et le Gabon.

La première escale a été féconde en partenariats avec à la clé la signature de 13 accords entre les différents ministères marocains et sénégalais. Un autre lot d’une quinzaine d’accords de partenariat public-privé et privé-privé ont été paraphés lors de la visite du Souverain.

La deuxième étape de la Guinée-Bissau n’était pas en reste. Le cortège royal a sanctionné son passage avec la signature de 16 accords de partenariat dans différents domaines. Outre la suppression des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques, de services spéciaux, la protection des investissements ou la non-double imposition, la coopération s’est étendue à l’agriculture. Le Souverain a aussi procédé à la remise d’équipements pour la sauvegarde du cheptel, octroyés par le Maroc.

Cet élan royal n’a pas faibli en Côte d’Ivoire. Le Souverain a présidé à Abidjan la cérémonie de signature de six accords relatifs à plusieurs domaines. Ils portent notamment sur une cession des parts de l’Etat ivoirien dans la Société ivoirienne de banque (SIB) à Attijariwafa bank, la réalisation d’un point de débarquement aménagé de pêche artisanale dans la ville de Grand-Lahou et l’autorisation d’émission à Abidjan de Radio Méditerranée internationale. Les deux pays ont également signé un protocole d’accord entre Casablanca Finance City Authority (CFCA) et le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire. D’autres accords ont été conclus dans les domaines du développement rural, de l’agriculture et de la diplomatie.

Plusieurs groupements d’impulsion économique ont été mis en place

Dernière escale de la tournée africaine, la visite au Gabon a été placée sous le signe du développement humain. Le Souverain a donné ses instructions pour instaurer un cadre pour l’échange d’expériences dans le développement humain en mettant les acquis de l’INDH au profit de la Stratégie d’investissement humain du Gabon. En parallèle, quatre accords bilatéraux ont été conclus, touchant au secteur de la santé, de l’économie solidaire et de la formation professionnelle. Notons qu’en marge des visites du Souverain, plusieurs groupements d’impulsion économique ont été mis en place. Ces structures, composées d’une dizaine de commissions thématiques, co-présidées par des chefs d’entreprises du secteur privé des pays partenaires, dressent l’état d’avancement des projets et travaillent pour aplanir les difficultés de part et d’autre.

source: La vie éco