Les échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays de l’AGOA continuent leur déclin

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ICTSD | 18 février 2016

Les échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays de l’AGOA continuent leur déclin

Le commerce total entre les États-Unis et les pays bénéficiaires de l’AGOA – pour African Growth and Opportunity Act, ou Loi sur la croissance et les opportunités – a encore baissé au cours de l’année 2015, selon les données publiées par le site AGOA.info. Le montant global des échanges, qui s’élevait à 50 milliards US$ en 2014, n’a atteint que 36 milliards US$ l’année passée. Cela fait à présent 4 années consécutives que les échanges entre les États-Unis et les pays de l’AGOA sont en déclin.

La baisse du commerce entre les pays bénéficiaires de l’AGOA et les États-Unis au cours de l’année 2015 résulte d’une diminution des échanges dans les deux sens. Alors que les exportations des pays AGOA vers les États-Unis sont passées de 26 milliards US$ en 2014 à 19 milliards US$ en 2015, ce qui représente une diminution d’environ 25 pourcent, les exportations étasuniennes en direction de ces pays ont également connu une baisse substantielle, passant de 24 milliards US$ à 17 milliards US$. La balance commerciale quant à elle reste donc stable, avec un excédent d’environ 2 milliards US$ en faveur des pays bénéficiaires de l’AGOA.

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L’AGOA, qui est considéré comme le pilier central des relations économiques entre les États-Unis et les pays d’Afrique sub-saharienne, offre un accès en franchise de droits et sans contingents au marché états-unien à plus de 6000 produits. En juin de l’année passée, son renouvellement pour un nouvelle période de 10 ans, jusqu’à l’année 2025, avait été accueilli avec enthousiasme par de nombreux observateurs (voir Passerelles, 3 juillet 2015).

Toutefois, tout le monde ne s’accorde pas sur l’ampleur des bénéfices que les pays africains ont jusqu’ici été capables de tirer de l’AGOA. En août dernier, c’est un bilan plutôt mitigé qui était ressorti du Forum sur l’AGOA, l’évènement annuel visant à évaluer les résultats du régime de préférences et à stimuler au maximum les opportunités qu’il peut offrir (voir Passerelles, 1 Septembre 2015).

On avait notamment pu y entendre nombre de représentants américains insister sur les bienfaits de l’AGOA pour les économies d’Afrique subsaharienne. Selon eux, l’AGOA aurait permis la création d’approximativement 300’000 emplois directs dans les pays éligibles. « L’AGOA crée des opportunités économiques pour des familles sur tout le continent et aide les entreprises africaines à améliorer leur compétitivité, tout en créant un environnement propice à l’essor des investissements du secteur privé », avait insisté Barack Obama, le président américain, dans un message vidéo adressé aux participants du forum.

Du côté africain néanmoins, les participants du forum avait semblé moins convaincus. Si l’intérêt d’une loi telle que l’AGOA est largement reconnu, nombreux sont ceux qui avaient souligné que ce régime de préférences n’a pour l’instant pas délivré les résultats attendus. Le commerce entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne demeure très faible et fortement concentré. De fait, seul environ un pourcent des importations étasuniennes provient des 39 pays africains qui bénéficient de l’AGOA, et le secteur des hydrocarbures représente à lui seul la plupart des exportations africaines en vertu du régime AGOA.

« Tous les pays africains n’ont pas profité de l’AGOA », avait insisté Barthélémy Ngoulakia, président du comité scientifique lors forum du Forum sur l’AGOA en août dernier. Il est vrai jusqu’à présent, seule une poignée d’économies d’Afrique subsaharienne est parvenue à tirer profit des opportunités offertes par l’AGOA. Parmi eux, le Nigeria, l’Angola, le Tchad, le Congo et le Congo-Brazzaville, ou encore l’Afrique du Sud. On y retrouve sans surprise les plus gros producteurs de pétrole de la région.

Cette dépendance à l’exportation de pétrole et de gaz est d’ailleurs en grande partie responsable de la tendance baissière que les échanges entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne connaissent depuis 2012. Les États-Unis importent de moins en moins de pétrole en provenance des pays AGOA, une évolution qui s’est encore confirmée l’année passée. En réalité, c’est quasi uniquement la diminution des importations américaines de pétrole et de gaz qui est à l’origine de la baisse des exportations des économies d’Afrique subsaharienne en direction des États-Unis.

Pour ce qui des autres secteurs, certains parviennent toutefois à tirer leur épingle du jeu. Ainsi, les exportations d’équipements de transports et de produits textiles des pays AGOA vers les États-Unis se sont accru en 2015, de respectivement 3.5 pourcent et 6 pourcent. De même, des secteurs comme les produits agricoles (+ 10 pourcent), les machines (+ 30 pourcent) et les biens manufacturés (+ 35 pourcent) ont également connu une hausse substantielle, malgré des volumes d’exportations somme toute relativement modeste.

Pour les pays bénéficiaires de l’AGOA, dans ce contexte, l’enjeu est donc de diversifier au maximum leurs exportations à destination des États-Unis. C’est dans cette optique que Linda Thomas-Greenfield, la Secrétaire d’État adjointe américaine aux affaires africaines, a récemment déclaré : « Nous aimerions voir davantage de diversification dans les produit qui sont exportés en vertu de l’AGOA, et nous travaillons avec ces pays pour améliorer leurs perspectives économiques de sorte qu’ils puissent tirer profit des bénéfices offerts par l’AGOA. C’est un travail en cours, mais nous voyons des efforts d’amélioration ».

source: ICTSD