Zone de libre-échange en Mélanésie : vers la fin d’un idéal ?

Tahiti Presse

Pacifique : 16/08/2005

Zone de libre-échange en Mélanésie : vers la fin d’un idéal ?

(Flash d’Océanie) - Les accords commerciaux entre pays membres du Groupe Mélanésien Fer de Lance semblent plus que jamais dans l’impasse : lors du sommet annuel de cette organisation sub-régionale, qui se déroule cette année à Goroka (Papouasie-Nouvelle-Guinée), les négociations en vue de résoudre plusieurs litiges de pays à pays n’ont pu trouver de résolution, forçant le pays concernés à se replier vers des négociations purement bilatérales.

Lors du sommet de ce groupement créé en 1998 (et qui regroupe Vanuatu, les îles Salomon, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Fidji et le Front de Libération Nationale Kanak Socialiste -FLNKS- de Nouvelle-Calédonie, cette semaine, les discussions entre hauts responsables et dirigeants ont été dominées par ces questions commerciales.

Entre Fidji et Vanuatu, le litige porte sur la décision prise par Port-Vila d’imposer de nouvelles restrictions aux biscuits fabriqués à Fidji, dans le but affiché de protéger une nouvelle usine à Santo (Nord Vanuatu).

Depuis, Suva agite la menace e mesures de rétorsion sur le kava vanuatuan exporté à Fidji.

Fidji, de son côté, invoquant des problèmes sanitaires et de quarantaine, a mis un frein aux exportations papoues de corned beef.

Constat d’échec

Et entre Vanuatu et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les désaccords portent sur le kava.

À l’issue de séances qui ont duré beaucoup plus longtemps que prévu entre notamment es ministres du commerce des pays concernés, ces derniers ont admis leurs désaccords.

Ils précisent qu’ils s’acheminaient désormais vers un repli stratégique : des tentatives de résolution sur le mode strictement bilatéral, remettant ainsi en cause l’accord de libre-échange dont la mise en œuvre avait commencé au milieu des années 1990, sur la base de liste de produits sur lesquelles les membres étaient alors pourtant tombés d’accord, pays par pays, rapporte la radio nationale.

Par ailleurs, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui possède de nombreux gisements de pétrole (principalement dans la région des hauts Plateaux), avait envisagé en début de semaine d’exporter ses excédents vers les pays mélanésiens voisins, a annoncé Paul Tiensten, ministre papou du commerce et de l’industrie.

Ce dernier, invoquant l’esprit de « fraternité mélanésienne », avait estimé qu’il était préférable que ces excédents soient « partagés entre nos pays, da façon à mieux équilibrer nos échanges commerciaux ».
« Cela augmenterait nos capacités de transport maritime et ainsi réduirait les coûts de fret », avait-il avancé.

Autres sujet ayant occupé les débats de ces deux derniers jours : la sécurité régionale, et en particulier le contrôle des frontières et des zones maritimes communes.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée déclare qu’actuellement, ses ressources son insuffisantes pour pouvoir contrôler à la fois ses portes sur l’Australie (tout près au Sud), l’Indonésie (avec laquelle elle partage l’île de Nouvelle-Guinée) et les îles Salomon (au Sud-Est de son archipel, tout près de Bougainville).

Premier objectif de cette volonté de contrôle accru : mieux surveiller les mouvements de personnes, mais aussi les trafics présumés d’armes et de stupéfiants, a déclaré Sir Rabbie Namaliu, ministre papou des affaires étrangères.

Sir Michael Somare, Premier ministre papou, a renchéri en soulignant le besoin, aux niveaux mélanésien et océanien, de rester « vigilants » aux frontières, face aux activités illicites, y compris le terrorisme.
Revenant en début de semaine sur les questions commerciale, le chef du gouvernement papou, dernier père survivant des indépendances mélanésiennes dans les années 1970, a exhorté les membres du GMFL à faire front commun car, a-t-il rappelé, au-delà de la zone de libre-échange sub-régionale se trouvaient les accords pan-océaniens PICTA et PACER et, au-delà encore, les négociations (actuellement en cours) entre les pays du groupe ACP (Afrique, Caraïbe, Océanie) et l’Union Européenne, en vue de trouver une porte de sortie aux accords de Cotonou (signés en juin 2000).

Ces accords d’achats subventionnés, à terme incompatibles avec les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce, doivent laisser la place, à l’horizon 2008, à une formule d’ « Accord de Partenariat Économique ».

Paul Tiensten a également estimé que si les pays océaniens tardent encore dans leurs négociations avec l’Europe (qui ont débuté en septembre dernier), ils « se feront doubler par les pays ACP de l’Afrique et de la Caraïbe, tout simplement parce qu’ils sont plus agressifs que nous ».

Depuis le début de l’année, le nouveau secrétaire général du groupe ACP est le Papou Sir John Kaputin, ancien ministre des affaires étrangères de son pays.

Il remplace le Gabonais Jean Robert Goulongana et est ainsi devenu le premier Océanien à occuper ce poste après des années de domination des composantes Caraïbe et Afrique des ACP.

pad

source: Tahiti Presse