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Bruxelles et le gouvernement allemand font tout pour sauver l’accord sur le libre-échange

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Les Echos | 24.2.2015

Bruxelles et le gouvernement allemand font tout pour sauver l’accord sur le libre-échange

Thibaut Madelin / Correspondant à Berlin

Avec la commissaire européenne, le ministre allemand de l’Economie veut séduire les opposants.

Ca ressemble un peu à une opération de la dernière chance. Face à une opinion de plus en plus hostile au projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis, le ministre de l’Economie allemand, Sigmar Gabriel, a sorti le grand jeu, hier, en multipliant les interventions avec la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström.

Le matin, les deux responsables ont plaidé à Berlin pour le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) devant le patronat. C’était la partie la plus simple. L’après-midi, ils ont rejoint une conférence organisée par le Parti social-démocrate (SPD), présidé par Sigmar Gabriel, dont les membres sont plus récalcitrants.

Cette campagne s’inscrit dans la stratégie du ministre, qui veut sauver l’accord de libre-échange tout en tenant compte des réserves de la population pour peser sur les négociations en cours entre Bruxelles et Washington. Il entend faire valider un éventuel accord final à la fois par la base du parti et le Bundestag. « On ne sait jamais comment l’opinion du SPD va évoluer », reconnaît le vice-chancelier, qui brigue la place d’Angela Merkel en 2017.

Malgré le récent record d’exportation, qui assure un quart des emplois en Allemagne, seuls 39 % des Allemands soutiennent l’accord de libre-échange - contre 48 % encore en octobre -, selon un sondage Emnid pour l’ONG Foodwatch publié hier par l’agence DPA. L’opposition, qui va des ONG aux églises en passant par les syndicats, porte notamment sur la question des arbitrages internationaux permettant aux entreprises d’attaquer les Etats. Mais elle s’explique aussi par un antiaméricanisme croissant depuis la guerre en Iraq et le scandale de la NSA.

Signe des tensions, les patrons de l’industrie automobile ont défendu fin janvier le projet comme une « source de prospérité et d’emploi ». Au même moment, le syndicat IG Metall et les présidents des comités d’entreprise de Volkswagen Daimler et autres mettaient en garde contre un accord susceptible d’ignorer les « droits des salariés », et notamment la cogestion.

Sans chiffrer son potentiel, Sigmar Gabriel défend les chances de TTIP, mais aussi les dangers d’un échec des négociations. « A l’avenir, la voix de l’Europe pourrait être plus faible » dans le concert international, a appuyé Cecilia Malmström, pour qui le débat le plus vif a lieu outre-Rhin. Samedi, les sociaux-démocrates européens ont proposé notamment de revoir les systèmes d’arbitrage, réputés opaques, et de les substituer par des juridictions publiques et transparentes, y compris pour l’accord de libre-échange avec le Canada (Ceta) déjà négocié.

Thibaut Madelin, Les Echos
Correspondant à Berlin


 source: Les Echos