Les transnationales au pouvoir grâce aux politiciens

JPEG - 48.7 kb

Journal de Montréal | 21 mars 2019

Les transnationales au pouvoir grâce aux politiciens

par Léo-Paul Lauzon

Les multinationales dictent la marche à suivre

Arrêtons de nous conter des histoires sur les beaux principes de liberté et de démocratie, qui sont supposément présents dans les pays occidentaux. Prévalent dans ces pays le droit de parole à tous, l’égalité des chances à tous, l’accès aux services publics à tous et, en prime, l’opportunité à tous de devenir milliardaire. Pour le devenir, il n’en tient qu’à nous de se responsabiliser, de respecter les lois et de travailler fort. Ça, c’est la légende racontée et le fantasme entretenu par des marchands professionnels d’illusions.

La vérité toute crue n’est malheureusement pas si romancée, comme on peut le constater avec les titanesques inégalités économiques. En fait, ceux qui mènent, qui dictent l’agenda politique et qui imposent les politiques sociales, environnementales et fiscales sont les transnationales et les milliardaires, soit le 1 % de la société. Même l’illustre député libéral provincial Pierre Paradis l’a dit : « Les géants des pesticides sont plus puissants que l’État » (Le Devoir, 23 octobre 2015). Pas seulement les géants des pesticides, mais encore plus les pétrolières, les pharmaceutiques, les fonds spéculatifs et les banques qui envoient tous aux parlements des ministres prestigieux, comme Leitao, Gignac et Daoust au PLQ et Girard, Dubé et Fitzgibbon à la CAQ.

Trêve d’hypocrisie : les élus sont responsables

Déjà dans le domaine des pesticides, l’américaine Mosanto, à l’éthique très douteuse, était un monstre plusieurs fois plus gros que le Canada et le Québec. Il faut croire qu’elle n’était pas assez « big », puisque son plus important concurrent, présent aussi dans le domaine pharmaceutique, l’allemand Bayer, en a fait officiellement l’acquisition en 2018 pour seulement 62,5 milliards $ US. Et pas de problème en vue à cette fusion qui réduira la concurrence, rationalisera l’emploi en licenciant des milliers d’employés et augmentera son pouvoir face aux États. D’ailleurs, les politiciens européens et américains ont donné leur accord à ce méga-regroupement : « L’Union européenne autorise le rachat de Mosanto par Bayer. Plus d’un million de citoyens avaient demandé à la commissaire à la concurrence de bloquer cette «fusion infernale» (Le Devoir, 22 mars 2018). Ce n’est certainement pas un million de simples citoyens ordinaires qui vont entraver et arrêter le «progrès». Parmi ce million d’individus, mon intuition me dit qu’il y avait probablement dans leur troupeau «infernal» des écolos, des socialistes, des Gilets jaunes, des étudiants, etc. Des gens pas très sérieux, n’est-ce pas? Tiens, quel drôle de titre d’article : «Mosanto : déni et collusion» (Le Devoir, 17 mai 2008). Pas très grave, puisque c’est comme ça au Québec avec en plus beaucoup de corruption. La collusion et la corruption font pratiquement partie des lois naturelles du marché. Il y a aussi cette autre comique : «Des études sur le glyphosate (Roundup) révisées secrètement par Mosanto» (Radio-Canada, 21 février 2019). Des gens discrets, quoi! Ah oui, parlant de quelques employés qui ont reçu leur 4 % suite au mariage de Bayer-Mosanto, un petit effet collatéral : «Bayer supprime 12 000 emplois» (Le Devoir, 30 novembre 2018). Il faut bien actualiser les synergies afin d’accroître l’efficacité et l’efficience des mastodontes. Je vous l’ai déjà dit cent fois : L’État est toujours trop gros et le privé trop petit.

Les élus jouent aux saintes nitouches

Il faut que monsieur Paradis et les autres dans son genre arrêtent de faire les innocents et de se payer la tête du monde. Il faut qu’ils admettent que c’est bien ce qu’ils veulent que les grosses compagnies soient plus puissantes que l’État afin de se faire embaucher à gros salaire après leur service politique à titre de dirigeants ou de lobbyistes comme l’ont fait Lucien Bouchard, Jean Charest, Raymond Bachand, Clément Gignac et des centaines d’autres. Et puis, ce sont des «bienfaiteurs» corporatifs qui financent généreusement les partis politiques qui, en retour, vont, suite aux pressions des lobbyistes, voter des lois «pragmatiques» qui diminuent l’impôt des compagnies et des riches; dérèglementent le marché du travail en autorisant le lock-out et la sous-traitance à du «cheap labor»; qui réduisent les irritants environnementaux; qui ouvrent le robinet des subventions publiques; qui autorisent la venue de travailleurs temporaires étrangers pour du «beau, bon, pas cher»;, qui vont promulguer en catimini et sans aucune consultation des beaux traités de libre-échange; qui ferment les yeux sur les paradis fiscaux; et qui vont privatiser, c’est-à-dire céder aux affairistes nos instruments collectifs et nos services publics. Une façon trompeuse qu’ils ont trouvé pour privatiser est les fameux partenariats public-privé (PPP). Ce que veulent les politiciens dans les faits c’est que l’État soit soumis aux impératifs des puissants, des compagnies et des particuliers avec beaucoup de pognon.

Facile de démontrer que les élus sont complices

Mes amis, il ne faut pas être une cent watts pour constater que, grâce à la complicité de «vos» élus, le patronat va avoir de plus en plus de pouvoir dans vos vies et dans le type de société dans laquelle nous devrons vivre et que l’État en sortira affaibli, incapable de desservir les intérêts supérieurs de la majorité, mais seulement ceux d’une certaine minorité. Et l’affaiblissement de l’État au profit du privé se poursuit, c’est ce que vos élus veulent, en clamant des leitmotivs comme ceux-ci :

- «Le PLQ veut privatiser des services» (Le Journal de Montréal, 28 octobre 2014);

- «L’État ne peut tout faire» (La Presse, 28 octobre 2014). Propos tenus par le sublime libéral Carlos Leitao. L’État ne peut faire qu’il a dit, mais le privé lui peut et doit tout faire.

- «Nouvelle stratégie économique du PLQ. Moins d’État plus de privé» (Le Journal de Montréal, 14 octobre 2005).

Et enfin, deux autres bons titres d’articles de journaux qui illustrent la «game» que jouent les élus : «Le chef libéral (Jean Charest) veut un programme axé sur le désengagement de l’État. Et aussi celui-ci, qui montre l’audace et la lucidité des jeunesses libérales qui, en fait, ont des idées rétrogrades comme leurs aînés : «Les jeunes libéraux veulent une réduction du rôle de l’État». Avec des jeunes révolutionnaires comme ça, on n’a plus à s’inquiéter pour les générations futures. J’espère que monsieur Paradis commence à comprendre un petit peu pourquoi, comme il l’a mentionné : «Les géants des pesticides sont plus puissants que l’État». Nul besoin de chercher bien loin pour qu’il trouve une réponse. Tiens, en passant, on continue toujours de parler de privatisation au nom de la modernité, de l’adaptation et de la réingénierie. Le patronat, ses universitaires et ses élus ramènent pour la millième fois la privatisation d’Hydro-Québec, de la SAQ, du système de santé, des aéroports, des garderies, du transport en commun, de l’eau, etc. (donc moins d’État). Quand est-ce que l’on entend parler, au nom des intérêts collectifs, de la nationalisation de nos ressources naturelles, de l’industrie mercantiliste des pharmaceutiques, d’une partie du domaine bancaire et ferroviaire, de l’éolien et autres petits barrages, des écoles privées par la fin des subventions publiques, etc.? Jamais.