Libre échange : l’accord UE-Australie achoppe sur les AOP

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Les Echos | 22 mars 2019

Libre échange : l’accord UE-Australie achoppe sur les AOP

par Gregory Plesse

Le troisième tour de négociations liées au traité de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie commence le 25 mars. La question la plus délicate est celle des appellations d’origine protégée, dont l’Union européenne exige le respect aux autorités australiennes.

Les rayons fromage des supermarchés australiens n’ont pas grand-chose à envier à leurs équivalents européens. On y trouve du camembert, du brie, de la feta, de la mozzarella sans aucune difficulté. La seule différence, c’est qu’à l’exception de quelques produits importés du Vieux Continent, dont les prix sont bien plus élevés (6,20 euros pour un camembert « Président » de 200 g par exemple), la plupart de ces produits sont fabriqués en Australie.

Evidemment, cela ne plaît pas beaucoup à l’Union européenne, qui entame ce lundi avec l’Australie une troisième série de négociations en vue de la signature d’un traité de libre-échange , au coeur desquelles se trouvent les appellations d’origine protégée. Le mois dernier, le commissaire européen à l’Agriculture s’est rendu à Canberra, où il a délivré un message très clair : si les Australiens n’assurent pas la protection des appellations d’origine européennes, il n’y aura pas de traité. Le gouvernement australien, pour sa part, souhaite arriver à un accord, le Premier ministre s’est même engagé, lors du dernier G20, à « accélérer » le processus, initié en juin 2018.

Lobbies agricoles

L’UE est le deuxième partenaire commercial de l’Australie, avec lequel les échanges ont atteint 65 milliards d’euros en 2017. La suppression des barrières douanières, ainsi qu’un accès facilité au marché européen et son demi-milliard de consommateurs, en particulier pour les producteurs de boeuf (l’Australie est le 7e producteur mondial), ne pourraient qu’accroître encore ces échanges.

Mais il doit composer avec les lobbies d’agriculteurs, pour qui la protection des appellations d’origine européennes « va causer du tort aux fabricants de produits laitiers et aux viticulteurs en particulier », selon Fiona Simpson, présidente de la National Farmers Federation.

Feta et Prosecco en cause

« Le premier point qui nous pose problème, c’est qu’il y a dans cette liste [pas officiellement publiée, NDLR] des noms que nous considérons comme des termes juridiques, plutôt que comme de véritables appellations d’origine, clairement liées à un territoire. C’est notamment le cas de la feta et du prosecco », précise Prudence Gordon, directrice générale de la NFF chargée du commerce, et qui à ce titre, est très impliquée dans les négociations en cours.

Ces deux produits représentent à eux seuls des marchés considérables : l’Australie produit chaque année 8.000 tonnes de feta et en importe 2.000 tonnes par an de Grèce. Quant au prosecco, sa consommation a doublé au cours des cinq dernières années, représentant un marché de 40 millions d’euros, une somme qui pourrait tripler au cours des prochaines années.

Son autre inquiétude majeure, c’est que « la liste des AOP peut être allongée indéfiniment. Qu’est-ce qui nous garantit que demain, l’Europe n’ajoutera pas le camembert, le brie, la mozzarella ? Combien d’années faudra-t-il aux consommateurs, qui connaissent ces noms depuis toujours, pour s’habituer à de nouvelles appellations, puisque le traité interdit expressément l’utilisation de termes du type ’’genre-feta’’ ou ’’style-prosecco’’ ? Cela risque d’être fatal pour de très nombreux producteurs australiens ».

Si la NFF a la conviction que « le gouvernement australien fait tout ce qu’il peut pour nous défendre », elle sait aussi que « les Européens sont connus pour être des négociateurs hors pair, qui ne lâchent rien ». Les négociations qui commencent aujourd’hui doivent durer toute la semaine. Et un prochain tour de table est déjà prévu pour cet été.

Il est donc permis de penser que comme un bon camembert, l’encre qui va servir à rédiger les propositions et contre-propositions de chaque partie n’a pas fini de couler...

source: Les Echos