Quel avenir pour l’African Growth Opportunity Act ?

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Les Yeux du Monde | 21 février 2017

Quel avenir pour l’African Growth Opportunity Act ?

par Sophie GUILLERMIN-GOLET

A l’heure où l’administration Trump affiche sa volonté de renégocier, voire de supprimer, divers accords commerciaux (Partenariat Trans-pacifique, TPP ; Accord de libre-échange nord-américain, ALENA…), de nombreux partenaires des États-Unis s’inquiètent. Parmi eux, il y a notamment les pays bénéficiant de l’African Growth Opportunity Act (AGOA), accord commercial préférentiel existant depuis dix-sept ans.

Qu’est-ce que l’AGOA ?

L’African Growth Opportunity Act (AGOA) est une loi ayant été signée par le Congrès américain le 18 mai 2000. Le but de ce texte est de mettre en place un programme commercial entre les États-Unis et des pays de l’Afrique sub-saharienne. Originellement prévu pour une durée de quinze ans, l’AGOA a été renouvelé pour dix années, en juin 2015 par l’administration Obama. Ainsi, une quarantaine de pays de la région devront normalement continuer à profiter des dispositions de ce texte jusqu’en septembre 2025.

Contrairement à l’ALENA, ou encore au projet de Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement entre les États-Unis et l’Union européenne (UE), l’AGOA n’est pas un accord de libre-échange. Dans le cadre d’un accord de libre-échange, au moins deux pays s’entendent pour établir une zone, dans laquelle les échanges de biens et de services ne sont pas soumis à des taxes douanières ou à d’autres formes d’entraves. Quand des pays signent un pacte commercial préférentiel, ils acceptent juste de baisser les droits de douane, pour des produits ciblés. Il s’agit d’une forme d’intégration économique moins avantageuse, mais qui permet tout de même de renforcer les liens entre les pays signataires. Parfois, un tel accord prépare le chemin pour une future zone de libre-échange. A l’origine, les États-Unis souhaitaient approfondir l’AGOA en développant une zone de libre-échange avec certains pays, mais cette idée ne s’est jamais concrétisée.


Qu’en est-il des flux commerciaux entre les États-Unis et ses partenaires inclus dans l’AGOA ?

La baisse des tarifs douaniers a eu des conséquences positives pour l’économie des pays concernés. Au final, les États-Unis importent beaucoup plus qu’ils n’exportent dans cette région. Par exemple, l’industrie du textile du Lesotho exporte chaque année 400 millions de dollars de produits vers les États-Unis. Une autre illustration marquante est le Nigeria. Entre 2007 et 2008 seulement, les États-Unis ont importé plus d’un million de barils de pétrole nigérian.

Malgré cet effet économique positif, l’AGOA a ses détracteurs. Un de ses défauts est tout d’abord de ne pas encourager le développement de l’industrie locale dans certains pays. Ces derniers se contentent d’importer des produits américains, plus que d’investir dans de nouvelles infrastructures. En outre, les États-Unis restent l’élément dominant au sein de cet accord préférentiel. Eux seuls peuvent chaque année, décider si un pays peut encore rester au sein de la zone, ou s’il doit être exclu temporairement ou définitivement. Cet élément est un levier décisif dans les négociations, souvent utilisé par les États-Unis pour obtenir ce qu’ils souhaitent.

Est-ce que l’administration Trump pourrait décider d’abroger cette loi ?

Actuellement, le Président Trump ne s’est pas exprimé sur le sujet. Son attention semble accaparée par les accords de libre-échange, plutôt que par les accords préférentiels. Au final, les termes de la loi, et l’état actuel des transactions, sont plutôt avantageux pour les États-Unis (notamment pour importer du pétrole). Ainsi, d’un point de vue économique, mettre un terme à l’AGOA serait défavorable pour le pays de l’Oncle Sam. En outre, le projet ayant été approuvé à deux reprises par un Congrès dominé par le Parti républicain, revenir dessus contrarierait les élus de la majorité.

Il est toutefois fort probable que le Président Trump décide d’utiliser cet accord durant des négociations, de façon plus ferme que ses prédécesseurs. La probabilité d’être exclu de l’AGOA pourrait donc être plus grand à l’avenir, pour ceux qui ne se plient pas aux requêtes américaines.

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