Ceta : le Canada versera 1,2 milliard d’euros à ses éleveurs laitiers

PNG - 927.5 kb
Photo : iStock

Pleinchamp | 19 août 2019

Ceta : le Canada versera 1,2 milliard d’euros à ses éleveurs laitiers

Pour compenser les importations de produits laitiers en provenance de l’UE, le gouvernement s’était engagé à indemniser ses éleveurs laitiers, épargnés jusque-là par la concurrence internationale grâce à leur système de gestion de l’offre, presque unique au monde. 1,2 milliard d’euros seront distribués sur 8 ans. Les éleveurs sont satisfaits.

De ce côté de l’Atlantique, il est beaucoup question des contingents 67.950 tonnes de bœuf et des 75.000 t de porc canadiens exemptés des droits de douane, négociés dans le cadre de Ceta et donc potentiellement ouverts au marché européen. Au Canada, ce sont les 18.500 t de fromage européens négociés dans le même Ceta qui irritent les producteurs de lait, concentrés à l’Est dans les provinces du Québec et de l’Ontario.

Il faut dire que ce contingent ouvre une brèche dans le système de gestion de l’offre, en vigueur depuis 1970 et qui se traduit par un triple contrôle de la production, des importations et des prix. Autrement dit, au Canada, on produit ce dont la population a besoin, rien ne sort, rien ne rentre et les vaches (et les prix) sont bien gardés. Un système protectionniste et protecteur pour les éleveurs, honni des industriels qui ne peuvent faire leur(s) course(s) au moins-disant mondial, mais qui a aussi quelques effets pervers, notamment sur le niveau de capitalisation des exploitations, handicapant leur transmission.

Le Canada compte 10.679 exploitations laitières dotées d’un effectif moyen de 91 vaches.

19.000 euros pour 80 vaches

A deux mois des élections législatives du 21 octobre, le gouvernement canadien a décidé de passer aux actes, comme il s’y était engagé dès le signature de l’accord en octobre 2016. "Comme promis, les compensations sont déployées de façon pleine et équitable afin de permettre à chacune et chacun de prendre les meilleures décisions en fonction des nouvelles réalités du marché et de leur situation respective", a déclaré dans un communiqué Marie-Claude Bibeau, ministre canadienne de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire. Ottawa va ainsi verser "1,75 milliard de dollars sur huit ans aux quelque 11.000 productrices et producteurs laitiers du Canada", explique son ministère. Un éleveur de 80 vaches laitières recevra par exemple 28.000 dollars canadiens (19.000 euros) la première année, illustre notamment le gouvernement canadien.

De plus, Ottawa a assuré qu’il s’engageait à "appuyer pleinement et équitablement les productrices et producteurs laitiers pour le nouvel accord de libre-échange avec les Etats-Unis et le Mexique dès son entrée en vigueur".

Les trois pays nord-américains se sont entendus fin 2018 sur une refonte du traité commercial Alena qui les lie depuis 1994, prévoyant notamment l’assouplissement du système agricole canadien en ouvrant 3,6% de son marché aux produits laitiers américains et mexicains. Le nouvel Alena n’a toutefois pas encore été ratifié par le Parlement canadien, ni le Congrès américain.

Les éleveurs satisfaits

Les éleveurs canadiens ont accueilli favorablement cette annonce du gouvernement fédéral. « Il ne fait aucun doute que concéder une partie de notre marché laitier intérieur a eu un impact majeur sur le gagne-pain des producteurs laitiers », a déclaré Pierre Lampron, président des Producteurs laitiers du Canada (PLC), cité dans un communiqué. « Le premier ministre Trudeau l’a reconnu et s’est engagé à l’atténuer. Nous accueillons favorablement l’annonce d’aujourd’hui comme une suite à cet engagement ».

Face aux incursions croissantes de produits laitiers étrangers, dont les laits diafiltrés en provenance des Etats-Unis, les éleveurs laitiers canadiens ont mise en place une certification permettant aux consommateurs d’identifier les produits canadiens, reconnaissables par une vache bleue sur les emballages.

RL avec AFP

source: Pleinchamp