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Les accords de libre-échange alimentent et façonnent l’oppression et l’injustice envers les femmes

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Bilaterals.org - 21 juillet 2019

Les accords de libre-échange alimentent et façonnent l’oppression et l’injustice envers les femmes

Kendari, 21 juillet 2019. Au moins 300 femmes, militantes, provenant de mouvements populaires, issues de divers milieux, tels que des paysannes, agricultrices, pêcheuses, travailleuses migrantes, citadines de milieux défavorisés, etc., et de douze régions d’Indonésie, se sont réunies à Kendari, dans le sud-est de Sulawesi, en Indonésie, pour discuter de divers problèmes et luttes, auxquelles elles sont confrontées quotidiennement. Cet événement intitulé "Rembuk Nasional Gerakan Perempuan" (Rencontre nationale des mouvements de femmes) a été initié par Solidaritas Perempuan, une organisation féministe indonésienne. Les accords de libre-échange (ALE) ont été l’une des questions qui a retenu l’attention au cours de la discussion.

Les accords de libre-échange ouvrent aux investissements étrangers les secteurs de l’agriculture, de la pêche et du foncier. Parce que les ALE protègent les investisseurs étrangers, les petites paysannes, et les paysannes qui pratiquent une agriculture de subsistance, sont incapables de concurrencer les grandes entreprises agricoles. Le principe de non-discrimination dans les accords commerciaux entraîne une diminution du soutien et de la protection du gouvernement pour les producteurs alimentaires nationaux, ainsi qu’une réduction des droits de douane sur les aliments importés. "J’ai eu une saison difficile à cause du changement climatique. Vu que je ne pouvais plus prévoir le temps qu’il allait faire et avoir une stratégie d’anticipation, je n’ai pas pu récolter mon riz. Mais j’ai dépensé beaucoup d’argent en coûts de production. Bien qu’au début j’étais soulagé qu’une partie de la récolte puisse être sauvée, j’ai été choqué par la décision du gouvernement d’importer du riz. Cette décision a fait chuter les prix de façon spectaculaire. J’avais l’impression de mourir à petit feu", dit une paysanne du centre de Sulawesi.

La réduction des tarifs douaniers prive également les gouvernements d’une source de revenus, ce qui se traduit par une réduction des dépenses publiques, et les femmes sont les plus impactées. Les coupures de financement communes, telles que les réductions des subventions, des services publics et de l’aide sociale, ont un impact négatif disproportionné sur les femmes, car elles sont plus susceptibles d’être les bénéficiaires de ces dépenses. Pour la même raison, les femmes sont également touchées de manière excessive par la privatisation des biens et services publics, tels que le service des eaux [1]
. Par exemple, voici un cas que les femmes pauvres des villes de Jakarta ont connu : en 1997, sans appel d’offres ouvert, des contrats ont été signés entre PAM JAYA, l’entreprise publique de services publics, et deux multinationales de l’eau, la compagnie française Suez-Lyonnaise des Eaux et la britannique Thames Waters. Mais les compagnies étrangères n’ont pas fourni un service des eaux décent. "On m’obligeait à rester debout tard la nuit, parce que c’est seulement à ce moment-là que j’avais accès à l’eau. Mais la qualité de l’eau était vraiment mauvaise, elle avait une couleur rosée et sentait très mauvais. Cela a également eu un impact sur ma santé reproductive, j’avais des démangeaisons au niveau du vagin et parfois j’avais aussi la leucorrhée. Cela m’a aussi couté beaucoup d’argent, parce que le prix est élevé ", ont affirmé des femmes de Jakarta.

Dans une publication récente, GRAIN a également mentionné que l’accord commercial du RCEP (Partenariat régional économique global) va intensifier l’accaparement des terres en Asie. Cela aggraverait certainement la lutte des femmes indonésiennes pour leurs droits d’accès à la terre. Les femmes sont non seulement confrontées à la cupidité des entreprises, mais aussi aux racines du système patriarcal qui leur a refusé le droit à la terre. "Nous avons besoin que le gouvernement règle le conflit agraire, en particulier ce qui se produit déjà depuis de nombreuses années, comme dans le village de Seri Bandung. [2] Il devrait cesser de signer d’autres accords de libre-échange qui alimentent, oppriment et causent de l’injustice contre les femmes ", a déclaré Arieska Kurniawaty, coordinatrice du programme Solidaritas Perempuan.

La discussion lors de la réunion de Kendari a donné lieu à plusieurs demandes de la part des femmes de mouvements populaires, exhortant le nouveau gouvernement élu d’Indonésie à inclure un programme politique pour les femmes. L’une de ces demandes est d’arrêter de négocier des ALE. Les femmes ne réclament qu’une chose : "plus d’ALE".

Footnotes:

[1Appliquer une perspective de genre à l’instrument juridiquement contraignant sur les sociétés multinationales et autres entreprises, pour protéger les droits humains dans le commerce et l’investissement, Les Féministes for un Traité contraignant.

[2Le conflit dans le village de Seri Bandung, dans le sud de Sumatera, existe depuis 1984 environ, entre la population et une entreprise publique de plantation de sucre. Les femmes sont en première ligne dans cette lutte.


 source: Bilaterals.org