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Libre échange: pour un examen transparent et rigoureux de l’AECG

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Le Devoir | 1 octobre 2016

Libre échange: pour un examen transparent et rigoureux de l’AECG

par Jacques Létourneau - Président de la CSN (Confédération des syndicats nationaux)

L’opposition à l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) prend de l’ampleur. Au cours des dernières semaines, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de plusieurs grandes villes européennes pour dire non à la ratification de cet accord. La CSN exprime son appui et sa solidarité à ces populations qui ont clairement compris que ce traité, qui se négocie derrière des portes closes et qui vise une plus grande libéralisation du commerce et de l’investissement de même que la dérégulation des services publics, en accordant plus de pouvoir aux multinationales, ne fait qu’exacerber les déséquilibres entre les droits des investisseurs et des travailleurs tant au Canada qu’en Europe.

Les organisations syndicales et d’autres organisations de la société civile du Québec et du Canada partagent ces mêmes préoccupations et ne cessent d’interpeller le gouvernement canadien sur le bien-fondé de l’AECG. La CSN croit qu’il n’est pas trop tard pour le gouvernement Trudeau pour faire un examen transparent et rigoureux de l’AECG. Une étude publiée récemment par les chercheurs de l’Institut sur le développement mondial et l’environnement de l’Université Tufts révèle que l’AECG constituerait un accord de commerce néfaste pour le Canada et accentuerait les inégalités sociales déjà croissantes au pays. Plusieurs éléments énoncés dans l’analyse militent pour l’abandon pur et simple de ce traité controversé.

Perte d’emplois

De l’avis des chercheurs de l’Université Tufts, l’AECG se traduira par des pertes nettes en matière d’emplois, de revenus personnels et de croissance économique, non seulement au Canada, mais aussi en Europe. D’ici 2023, environ 230 000 emplois seront perdus au sein des pays signataires de l’accord. Le Canada, à lui seul, connaîtra une chute d’emplois estimée à 23 000 au cours des sept premières années de l’entrée en vigueur de l’accord. Les pressions concurrentielles exercées par le traité sur les entreprises ainsi que sur les travailleuses et travailleurs engendreront une détérioration des conditions de travail.

Les travailleurs devront faire face à une baisse de leur revenu annuel moyen estimée à environ 2600 $, et de 316 à 1331 euros en Europe selon le pays, alors que les profits des entreprises continueront de croître. Cette situation impliquera une dégradation de la part du travail dans le revenu national au profit du capital. Les gagnants de l’AECG seront évidemment les grandes multinationales, qui héritent de tous les droits et qui se soucient peu du nivellement vers le bas des conditions de travail. Les perdants demeurent les citoyennes et citoyens ordinaires, les travailleuses et travailleurs qui seront mis en concurrence alors qu’ils souffrent depuis des décennies de la stagnation de leur revenu et du surendettement.

Inégalités et tensions sociales

La faiblesse de la demande, causée par la chute des salaires et le taux de chômage élevé, nuira ainsi à la croissance économique. L’AECG entraînera en outre une baisse des revenus gouvernementaux, ce qui aura pour effet d’affaiblir notre système de sécurité sociale. Au-delà de ces incidences économiques négatives, le traité accroîtra les inégalités et les tensions sociales non seulement au Canada, mais aussi en Europe, dans un contexte politique déjà volatile et complexe.

Le Canada s’est fait l’apôtre du libre-échange, alors que notre secteur manufacturier fait face à d’énormes défis. Nous nous retrouvons avec une économie de plus en plus dépendante des produits de base, avec le pétrole en tête de liste, ce qui la rend plus sensible aux chocs macroéconomiques. La situation actuelle contraint nos dirigeants à faire un examen de conscience par rapport au modèle économique qu’ils prônent sur la scène mondiale. Ce modèle de libre-échange semble ne pas répondre aux besoins de nos travailleuses et travailleurs, aux besoins de notre économie principalement constituée de PME. En outre, en accordant plus de pouvoirs aux multinationales, qui peuvent poursuivre nos États démocratiques quand ils interviennent pour protéger l’environnement, la santé publique, les services publics, les populations vulnérables, le Canada risque de rater le train et de ne pas être en mesure de faire face aux principaux enjeux du XXIe siècle.

La CSN invite le gouvernement canadien à enlever ses oeillères idéologiques quand vient le temps de négocier, voire de ratifier un accord commercial. Car signer un traité qui menace la stabilité de notre économie, l’avenir de nos services publics et notre démocratie n’est certainement pas la voie à suivre.

Parallèlement, une autre étude publiée la semaine dernière par le gouvernement canadien sur l’impact du Partenariat transpacifique (PTP) sur l’économie canadienne révèle qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Les auteurs de l’étude parlent d’une hausse permanente du PIB canadien d’ici 2040 de l’ordre de 0,127 %, ce qui équivaut à des gains de 4,3 milliards de dollars. Nous comprenons par là que le PTP n’est pas non plus l’eldorado qu’on nous promet. À cet égard, l’annonce par le premier ministre Trudeau de discussions prochaines avec la Chine pour discuter d’un accord de libre-échange n’a vraiment rien de rassurant !


 source: Le Devoir