Nouveau coup dur pour la banane antillaise

Par: Eric De La Chesnais

Nouveau coup dur pour les producteurs de bananes antillais. Après l’accord multilatéral de libre-échange signé entre l’Union européenne (UE) et l’Amérique latine en décembre dernier, prévoyant une réduction de 35 % des droits de douane sur la banane latino arrivant sur le Vieux Continent, Bruxelles a franchi une étape supplémentaire. La Commission vient de signer un accord bilatéral de libre-échange avec la Colombie et le Pérou. Il porte notamment sur la réduction des droits de douane de près de 60 % sur ce fruit tropical. Actuellement de 176 euros la tonne, les droits passeront à 75 euros d’ici à dix-sept ans.

D’autres produits agricoles mais aussi industriels sont concernés par cette négociation. «Cela ouvrira de nouvelles perspectives d’accès aux marchés pour les exportateurs de toutes les parties signataires dans les fruits et légumes, la pêche, l’automobile, l’électronique et la machinerie, les vins et spiritueux, sans parler des services, notamment dans les télécommunications, les services bancaires, etc.», a fait valoir la Commission. D’un côté, le Pérou et la Colombie vont pouvoir accroître leur présence sur le marché alimentaire européen avec leurs bananes, sucre, rhum et autres produits agricoles comme volailles et bœuf. De l’autre, les Européens vont améliorer leur accès aux marchés péruvien et colombien pour les vins et spiritueux sans oublier les produits laitiers et aussi industriels comme l’automobile.

Un principe humaniste

Pour les produits industriels «sensibles», des délais de dix ans ont été convenus avant une suppression totale à terme des barrières douanières. Pour les produits agricoles sensibles, ces délais iront jusqu’à quinze et dix-sept ans. Outre l’aspect mercantile, l’Europe a adossé à l’ouverture commerciale des frontières un principe humaniste. Il porte sur l’engagement des parties à «respecter les droits de l’homme et à œuvrer en faveur du développement d’une économie durable fondée sur la protection et la promotion des droits des travailleurs et l’environnement».

Reste que cet accord ne fait pas que des heureux. Les producteurs de bananes antillais sont incrédules et craignent pour leur avenir, eux qui détiennent près de 40 % du marché français de la banane, soit deux fois plus que leurs voisins d’Amérique du Sud. Pour cette industrie ultramarine, l’accord de Bruxelles fait l’effet d’une douche froide. Ils avaient déjà effectué un effort important en acceptant l’accord du 15 décembre mettant fin à l’un des plus vieux litiges commerciaux - seize ans au total - entre l’UE et l’Amérique latine. Celui-ci prévoyait déjà des baisses de tarifs douaniers de plus d’un tiers sur la tonne de bananes. «Cela commence à partir dans tous les sens, un accord multilatéral existait déjà entre l’Europe et l’Amérique latine, pourquoi y déroger, s’emporte un représentant de l’Ugpban, Union des groupements des producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique . La baisse sera répartie entre les acheteurs et les différents intermédiaires mais les consommateurs ne la verront pas», avertit-il . Actuellement, la banane vaut en linéaire entre 1 euro et 1,50 euro le cœur de gamme, voire 1,80 euro en bio alors qu’elle sort à 72 centimes des champs du producteur.

source: www.lefigaro.fr