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Trump et Juncker désamorcent la crise

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L’Echo | 26 juillet 2018

Trump et Juncker désamorcent la crise

Trump et Juncker ont convenu de lancer des négociations pour tendre vers la suppression des barrières tarifaires sur les biens industriels, et de travailler sur la coopération réglementaire. Un TTIP light, en somme. Cette annonce surprise écarte la menace d’une guerre commerciale.

C’est l’agence Dow Jones qui l’a rapporté ce mercredi, relayée par la chaîne CNBC et l’agence Reuters avant une conférence de presse surprise de Jean-Claude Juncker et Donald Trump: l’Union européenne accepterait d’offrir des concessions commerciales à Washington pour éviter une guerre commerciale.

À l’ouverture de la rencontre, plus tôt dans la journée, le président américain s’était montré presque affable avec Jean-Claude Juncker, en s’exprimant à ses côtés dans le Bureau ovale. Après avoir multiplié les sorties hostiles vis-à-vis de l’Union européenne, la qualifiant d’"ennemi" et brandissant la menace de dresser des barrières pour bloquer l’importation de ses automobiles, Donald Trump a caressé son interlocuteur dans le sens du poil dans le style qui le caractérise – "C’est un homme très intelligent et très fort." Et quand ce dernier a indiqué vouloir se concentrer sur la réduction des barrières au commerce, et non leur augmentation, Donald Trump a opiné du chef. "Je suis d’accord. Et si nous pouvions n’avoir aucune barrière tarifaire ou douanière et aucun subside, les États-Unis seraient très heureux." La ligne est moins surprenante que le ton, qui contraste avec ses prises de parole antérieures. "Nous avons beaucoup de pays, nous ne dirons pas l’Union européenne, qui ont des barrières (commerciales) massives. Nous devons suivre", a-t-il encore dit lors de sa prise de parole. Cela résonnait déjà comme un désamorçage des menaces contre les Européens.

Face à l’intention proclamée par Washington de taxer les voitures de l’Union, la commissaire au Commerce Cecilia Malmström avait bandé les muscles, évoquant en arrivant à Washington une liste de produits américains dont les importations vers l’Union, à hauteur de 20 milliards d’euros, auraient pu être bloquées en guise de représailles.

Avant même l’ouverture des discussions, Donald Trump disait ce mercredi espérer parvenir à un terrain d’entente avec le Luxembourgeois: "Nous espérons que quelque chose de très positif va se passer."Et de fait, Donald Trump et le chef de l’exécutif européen se sont efforcés de désamorcer la crise née des tarifs douaniers. Les deux hommes vont collaborer, ont-ils dit, pour que les deux blocs travaillent à l’abaissement des barrières commerciales. Les discussions à venir vont permettre de "résoudre" à la fois la question des droits de douane que les Etats-Unis ont décidé d’imposer sur leurs importations d’acier et d’aluminium et celle des mesures de rétorsions décidées par l’Union.

Voici à quoi ils sont arrivés:

Les principaux points de l’accord Etats-Unis/UE

Parlant d’un "grand jour" pour le libre-échange et évoquant une "nouvelle phase" dans les relations entre les Etats-Unis et l’Union européenne, le président américain a mis en avant leur volonté commune d’aller à terme vers "zéro tarifs douaniers" dans leurs échanges industriels, exception faite du secteur automobile.

Aucune échéance n’a été avancée.

"Nous allons travailler pour réduire les barrières (douanières) et accroître le commerce dans les services, les produits chimiques et pharmaceutiques, les produits médicaux de même que le soja", a déclaré Donald Trump.

• Acier
Donald Trump a promis de "résoudre" la question des tarifs douaniers américains de 25% sur l’acier et de 10% l’aluminium européens. Ce sont précisément ces taxes, en application depuis le 1er juin, qui avaient mis le feu aux poudres entre Washington et Bruxelles.

Il n’a cependant pas précisé si cela signifiait que l’administration Trump allait suspendre voire supprimer ces taxes.

Jean-Claude Juncker n’a pas précisé si les représailles européennes à ces taxes allaient aussi être levées.

• Agriculture
L’Union européenne va commencer "presque immédiatement" à acheter "beaucoup de soja" aux producteurs américains, a déclaré le président républicain sans toutefois annoncer de volume.

La question du soja pourrait susciter des frictions en Europe alors que 94% du soja planté aux Etats-Unis est génétiquement modifié pour résister aux désherbants, selon des données du ministère américain de l’agriculture, l’USDA.

Il s’agira de commercialisation puisque la culture de soja génétiquement modifié est interdite en Europe. Le soja devra aussi avoir été au préalable homologué par l’UE.

L’UE importe actuellement beaucoup de soja des pays d’Amérique latine car depuis l’accord agricole de Blair House (accord bilatéral UE/USA de 1992), elle a renoncé à cultiver du soja.

• Automobile
Selon une source européenne, aucun nouveau tarif douanier ne sera imposé sur les importations de voitures européennes aux Etats-Unis, un dossier particulièrement sensible pour l’Allemagne, où ce secteur clé emploie quelque 800.000 personnes.

La Maison Blanche a chargé fin mai son département au Commerce d’examiner la possibilité d’imposer des taxes supplémentaires allant jusqu’à 25% sur ce secteur stratégique de l’économie mondiale.

• Gaz naturel
L’Union européenne va augmenter ses importations de gaz naturel liquéfié en provenance des Etats-Unis.

"Nous allons les faciliter mais ils vont devenir des acheteurs massifs", a estimé Donald Trump.

• OMC
Les Etats-Unis et l’Union européenne vont travailler de concert afin de réformer l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) pour "s’attaquer au problème de pratiques commerciales déloyales incluant le vol de la propriété intellectuelle, le transfert forcé de technologies, les subventions industrielles, les distorsions créées par les entreprises d’Etat et la surcapacité", a détaillé le président américain, des propos qui vise la Chine.

Un revolver sur la tempe

Les Européens se refusaient à négocier "avec un revolver sur la tempe" – c’est-à-dire tant que Donald Trump n’aurait pas retiré sa menace. À côté des espoirs formulés par Trump, Juncker avait sobrement plaidé pour une collaboration: "Nous sommes des partenaires proches, des alliés, pas des ennemis. Nous devons travailler ensemble." Le président de la Commission avait pris soin de consulter plusieurs dirigeants européens avant de partir pour Washington, dont Angela Merkel et Emmanuel Macron.

" C’est la première fois que les Américains acceptent de réévaluer la mesure qu’ils ont prise dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium. "
Jean-Claude Juncker

Avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’Union européenne et les États-Unis étaient engagés dans la négociation d’un accord commercial, régulatoire et d’investissement – le fameux "TTIP". Les négociations ont été enterrées par l’administration Trump. Les relations des deux puissances commerciales – qui représentent ensemble plus de la moitié des échanges mondiaux – avaient ensuite basculé dans une période de conflit intense quand les États-Unis ont décidé de ne pas exempter l’Union de barrières à l’importation d’acier et d’aluminium, érigées sous un prétexte de sécurité nationale.


 source: L’Echo