UE-Mercosur : l’Espagne s’oppose à un blocage de l’accord commercial

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Le Point | 25 août 2019

UE-Mercosur : l’Espagne s’oppose à un blocage de l’accord commercial

avec Reuters et AFP

L’Espagne « ne partage pas la position de blocage de l’accord » commercial entre l’Union européenne et le Mercosur proposée vendredi par le président français Emmanuel Macron, a indiqué samedi la présidence du gouvernement espagnol dans un message reçu par l’Agence France-Presse. « L’Espagne a été à la pointe du dernier effort pour la signature de l’accord UE-Mercosur qui va ouvrir des opportunités énormes pour les deux blocs régionaux », a indiqué Madrid dans ce message, rejetant un « blocage de la ratification » du traité de libre-échange.

L’Allemagne et le Royaume-Uni prudents

L’annonce de l’Espagne intervient alors que l’Allemagne vendredi et le Royaume-Uni ont ces derniers jours pris leurs distances avec la ligne adoptée par la France et l’Irlande sur le traité de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne, mettant notamment en garde contre toute ingérence dans les accords commerciaux. Emmanuel Macron a créé la surprise vendredi en accusant son homologue brésilien, Jair Bolsonaro, d’avoir « menti » sur ses engagements climatiques et en annonçant « dans ces conditions » l’opposition de la France à ce projet d’accord commercial, négocié depuis plus de vingt ans. L’Irlande, par la voix de son Premier ministre Leo Varadkar, a fait une déclaration semblable sur l’accord entre l’UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), appelant Brasilia à respecter ses engagements climatiques.

Apparemment décidées sans concertation, ces prises de position ont été accueillies avec prudence, voire une certaine distance par des dirigeants européens, à commencer par Boris Johnson dès son arrivée à Biarritz, où s’ouvre le sommet du G7. « Il y a toutes sortes de gens qui prendront n’importe quelle excuse pour interférer dans le commerce et contrecarrer les accords commerciaux et je ne veux pas voir ça », a déclaré le Premier ministre britannique. À Berlin, le porte-parole du gouvernement allemand a estimé que la décision française n’était pas « appropriée » à la situation au Brésil, où l’Amazonie est ravagée par des feux de forêt qui suscitent l’inquiétude de la communauté internationale. « L’échec de la conclusion de l’accord Mercosur ne contribuerait pas à réduire le défrichement de la forêt tropicale au Brésil », estime le porte-parole dans un communiqué publié vendredi soir.

Question centrale du G7

Cette question a été abordée lors de l’entretien bilatéral entre Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel à Biarritz, samedi après-midi. « Le président a expliqué à Angela Merkel que l’engagement de la France sur le Mercosur était un tout, que ça allait avec des conditions clairement énoncées dans le cadre du G20 à Osaka et qu’à partir du moment où il y a une partie de ce tout qui n’est pas respectée, on est en droit de suspendre notre position », a indiqué une source à l’Élysée. « C’est quelque chose que le président a réexpliqué à la chancelière pour qu’elle comprenne la position qu’il avait prise hier et c’est quelque chose qu’elle a tout à fait compris », a ajouté cette source.

Le chef de l’État français a reçu le soutien du président du Conseil européen Donald Tusk qui, tout en insistant sur l’importance de l’accord Mercosur-UE, a dit comprendre la « réaction spontanée et tout à fait naturelle » d’Emmanuel Macron. « C’est difficile d’imaginer qu’il [le traité] puisse être ratifié par les États européens tant que le gouvernement brésilien autorisera la destruction du poumon vert de notre planète », a-t-il déclaré samedi en conférence de presse à Biarritz. « Je pense que c’est une opinion largement partagée dans la population » et « je soutiendrai pleinement la proposition d’Emmanuel Macron de soulever le problème lors des discussions entre dirigeants du G7, aujourd’hui et demain ».

Connu pour ses tweets intempestifs, le président américain Donald Trump s’est pour sa part fendu d’un message vendredi soir pour souligner les « excitantes perspectives commerciales » entre le Brésil de Bolsonaro... et son propre pays.

(William James, Simon Carraud et Marine Pennetier, avec Andreas Rinke, édité par Elizabeth Pineau)

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