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L’influence des accords commerciaux sur la transition énergétique mondiale et l’accès aux matières premières essentielles

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Photo by Focus on the Global South

bilaterals.org - 4 avril 2024

L’influence des accords commerciaux sur la transition énergétique mondiale et l’accès aux matières premières essentielles

Par bilaterals.org

La transition mondiale vers une économie à faibles émissions de carbone stimule la demande de minerais bruts essentiels tels que le lithium, le cobalt et le nickel, qui sont nécessaires au développement de batteries de véhicules électriques, de technologies d’énergie renouvelable et d’autres technologies vertes. Mais cette transition n’est pas qu’une question de technologie ; elle est aussi géopolitique et économique. Les accords commerciaux façonnent la transition énergétique mondiale en déterminant l’accès aux matières premières essentielles, en influençant les décisions d’investissement et en appliquant les réglementations environnementales et sociales. Cet article examine l’agenda sous-jacent des accords commerciaux dans l’élaboration de la transition énergétique mondiale, y compris la manière dont ils affectent la distribution des bénéfices et des risques. Il examine également les répercussions sur la durabilité et la justice environnementale.

Stratégie de transition (in)juste des pays du Nord

La demande de minerais essentiels, stimulée par la croissance industrielle dans les pays du Nord, fait peser des menaces socio-économiques et environnementales sur les communautés du Sud vivant près des mines. Les prévisions internationales soulignent le rôle crucial des matières premières dans la transition énergétique, en mettant l’accent sur la domination de la Chine dans les chaînes d’approvisionnement en matières premières essentielles. Alors que des pays envisagent des restrictions à l’exportation pour la transformation nationale, une réglementation minutieuse est essentielle pour atténuer les risques potentiels. Les initiatives commerciales, telles que le Partenariat économique régional global (RCEP), l’Accord global et progressif pour le Partenariat transpacifique et les accords des États-Unis, façonnent la dynamique mondiale, tandis que de son côté, l’UE vise à diversifier ses chaînes d’approvisionnement et à appliquer ses accords commerciaux. Malgré des éléments de "durabilité", ces parties des accords manquent souvent d’obligations exécutoires, ce qui contribue à créer des zones de sacrifice dans le cadre de la transition énergétique, avec des répercussions négatives sur l’environnement.

Les accords commerciaux sont utilisés par certains pays pour obtenir l’accès aux matières premières essentielles à la transition vers les énergies renouvelables. Par exemple, la recherche par le Japon d’un accord de partenariat économique avec le Mercosur reflète un intérêt stratégique à accéder aux énormes ressources minérales de la région. En s’associant avec des pays d’Amérique centrale et du Sud pour s’approvisionner en matières premières destinées aux technologies "durables", ce pays asiatique espère renforcer sa position en tant que protagoniste majeur de la transition mondiale vers une économie à faibles émissions de carbone. L’Union européenne (UE) est l’un des principaux importateurs de matières premières au monde, ses entreprises dépendant fortement de l’extraction de minerais dans d’autres régions du monde. L’UE entend donc réduire sa dépendance à l’égard de la Chine et explorer d’autres sources d’approvisionnement en développant ses relations commerciales avec un certain nombre de pays de premier plan, dont l’Indonésie, le Chili, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Inde. Les accords de libre-échange conclus par l’UE avec le Canada, le Chili, le Japon et le Viêt Nam contiennent aussi des dispositions relatives aux matières premières. Des discussions sont également en cours pour intégrer un chapitre sur les matières premières dans les accords commerciaux avec l’Australie et l’Indonésie.

En parallèle, les tensions géopolitiques entre le Canada et la Chine incitent le pays nord américain à revoir ses chaînes d’approvisionnement. Manquant de certaines matières premières comme le cobalt, le Canada cherche des sources externes, souvent en Afrique et en haute mer, qui bénéficient d’un soutien diplomatique malgré les violations des droits humains et de l’environnement associées à l’exploitation minière. Des cadres juridiques, tels que la loi "Build More Mines Act", visent à accélérer les évaluations d’impact, mais les problèmes persistent en ce qui concerne la pollution et les défis posés aux communautés autochtones. De son côté, l’Indonésie renforce stratégiquement ses politiques industrielles en se concentrant sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la promotion de sa souveraineté économique nationale. Le gouvernement privilégie les industries en aval, en mettant en place une transformation intérieure obligatoire pour les produits miniers et en protégeant les exportations. En se focalisant sur le développement des véhicules électroniques (VE), ce pays prévoit un écosystème complet, comprenant l’exploitation minière en amont, le traitement, les activités en aval et les stations de recharge. Il cherche à devenir une plaque tournante des VE, tout en reconnaissant sa dépendance à l’égard des investissements étrangers, notamment coréens et japonais, pour étendre ses marchés. Alors que l’Indonésie adopte des normes commerciales internationales par le biais du RCEP et d’autres accords de libre-échange, elle est confrontée à de nouveaux défis, soulignant la nécessité de comprendre les implications de ces accords, qui sont souvent négociés à huis clos.

Voix non entendues : perspectives locales et communautaires dans la course mondiale aux ressources

La transition énergétique mondiale, largement menée par de puissantes entreprises, nécessite des mesures politiques plus larges qui prennent en compte les préoccupations des travailleurs et travailleuses, ainsi que les questions de justice, en particulier lorsque la production est confiée à des machines, ce qui a un impact sur la sécurité de l’emploi et les conditions de travail. Les projets stratégiques de ce programme comprennent l’accélération de l’octroi des licences d’exploitation minière, l’amélioration des géodonnées et l’accent mis sur les normes d’exploitation minière. Toutefois, on constate une absence notable d’attention portée à la demande, à la conception des produits, aux droits des populations autochtones, au droit de refus, à la justice mondiale et à la participation des communautés à la protection des droits humains et de l’environnement.

Les problèmes structurels touchant les femmes, la perte d’accès à la nature et l’exploitation soulignent la nécessité de rejeter les pratiques extractivistes néfastes. Dans des pays comme le Mozambique et l’Indonésie, les promesses de changements positifs découlant des activités minières ne sont souvent pas tenues, ce qui entraîne des protestations et des appels à la solidarité. Les campagnes contre les fausses solutions climatiques et l’exploitation minière irresponsable, ainsi que les efforts déployés dans les luttes de premier plan, soulignent l’importance de la solidarité internationale pour une transition juste et durable. L’objectif principal est de remodeler la dynamique du commerce mondial, de protéger les communautés affectées par l’exploitation minière et d’explorer des stratégies alternatives qui s’alignent sur la justice sociale et économique.

Le paysage mondial assiste à la résurgence d’accords commerciaux injustes et de cadres économiques extractivistes, camouflés sous la rhétorique des "transitions justes". Ces fausses solutions perpétuent les inégalités historiques existantes, aggravant les injustices économiques, commerciales et climatiques. Enracinée dans l’exploitation et l’extractivisme imposés par le colonialisme et l’impérialisme, l’expression mondiale de cette injustice se déploie à travers des accords multilatéraux et bilatéraux, exacerbant la perte des protections écologiques et sacrifiant les communautés, l’environnement et les moyens de subsistance, au nom du profit. Dans le contexte des inégalités commerciales et des monopoles mondiaux, les cadres protectionnistes nationaux favorisent souvent une poignée de riches élites, comme en Indonésie. Les normes multiples des politiques commerciales qui autorisent les investissements étrangers directs, tout en mettant en œuvre des mesures protectionnistes, amplifient les souffrances des communautés.

Des stratégies de résistance ont été mises en œuvre pour inverser la tendance. Elles comprennent des dialogues, des protestations et des actions de plaidoyer en Afrique, tandis que les femmes indonésiennes établissent un lien entre les effets de l’exploitation minière et les problèmes patriarcaux systémiques. Les syndicats indonésiens se concentrent sur la récupération des "transitions justes" pour empêcher la cooptation des entreprises. Des groupes péruviens et chiliens ont proposé des réunions nationales avant le prochain forum mondial sur l’exploitation minière et l’économie extractive afin d’élaborer des stratégies, de coordonner et de s’unir en solidarité avec les défis auxquels sont confrontées les communautés indonésiennes.

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Cet article a été rédigé sur la base d’un atelier sur le commerce mondial, les chaînes d’approvisionnement et les minéraux de transition qui s’est tenu lors du Forum social thématique sur l’exploitation minière et l’économie extractive à Semarang, en Indonésie, en octobre 2023. L’événement a été co-organisé par le Transnational Institute, SOMO, APWLD, CCPA, bilaterals.org, Sahita Institute, Solidaritas Perempuan, Indonesia for Global Justice, et Focus on the Global South.


 source: Bilaterals.org