bilaterals.org logo
bilaterals.org logo
   

Le libre échange aggrave le bilan carbone de nos assiettes

JPEG - 244 kb

L’humanité | 3 décembre 2015

Le libre échange aggrave le bilan carbone de nos assiettes

by Gérard le Puill

Pendant qu’on négocie pour freiner le réchauffement climatique à Paris, on discute aussi de libre échange entre les Etats Unis et l’Europe avec la volonté de mettre en concurrence les producteurs de lait et de viande des deux côtés de l’Atlantique. En oubliant le bilan carbone des échanges inutiles au niveau planétaire.

Dans la gamme très étendue des possibilités que nous avons de réduire le bilan carbone du contenu de notre assiette, il est communément admis qu’il conviendrait de consommer local chaque fois que c’est possible. Cela ne veut pas dire qu’il faille se priver de café, de chocolat, d’ananas ou de bananes. A propos de la banane justement, son bilan carbone quand elle vient par bateau de la Martinique est bien plus bas que celui de n’importe quelle tomate de serre produite en hiver dans n’importe quelle région de France.

Mais les décideurs politiques de France et d’Europe peuvent-ils, s’ils veulent faire preuve d’un minimum de cohérence, continuer de donner mandat à la Commission européenne pour négocier des accords de libre échange afin d’importer toujours plus de fruits et légumes et de viandes des pays tiers avec le triple risque de ruiner leurs paysans, d’aggraver le bilan carbone de notre assiette par l’importation de produits de l’autre bout du monde, de risquer ensuite les pénuries alimentaires et les spéculations qui vont avec en cas de mauvaises récoltes imputables aux changements climatiques?

Pendant que se déroule la négociation de Paris sur le climat, une autre négociation continue entre l’Europe et les Etats Unis via le redoutable traité transatlantique de libre échange fondé sur une baisse sensible des tarifs douaniers. Et c’est justement cette semaine que la revue hebdomadaire AgraPresse publie les résultats d’une étude du département d’Etat américain en charge de l’agriculture (USDA). Elle nous confirme que l’agriculture américaine serait la grande gagnante de la baisse des tarifs douaniers , la France étant la grande perdante.

Cette étude nous dit que si les tarifs douaniers sont abolis entre l’Europe et les Etats Unis « les exportations agricoles des Etats Unis s’accroissent 5,5 milliards de dollars (par an, ndlr) par rapport à l’année de base 2011 et celles de l’UE vers les Etats Unis de 800 millions de dollars ». Et l’étude de poursuivre : «Globalement , compte tenu des réorientations de productions induites par le libre-échange entre les deux parties, les exportations américaines vers toutes des destinations progressent de 2% et les importation de toute origine de 1% tandis que les exportations totales de l’UE diminuent de 0,25% et ses importations progressent de 0,5% ».

Plus graves encore, ce sont les produits de l’élevage, déjà confrontés à des crises de débouchés , qui seraient les plus impactés en Europe, si cet accord était signé. L’étude indique que « les secteurs dans lesquels les exportations américaines vers l’UE augmentent le plus sont ceux de la viande bovine (+ 685%) et des produits laitiers (+ 206% pour le beurre) tandis que, dans l’autre sens, ce sont surtout les exportations européennes d’huile végétale et de fromages qui progressent, mais dans des proportions moindres ».

En France, l’Institut technique de l’aviculture (ITAVI) a également réalisé une étude qui a été présentée le 12 novembre dernier au « conseil spécialisé » de viandes blanches de FranceAgrimer . « Selon les simulations réalisées par l’ITAVI sur la période 2010-2014, le prix US rendu UE des filets congelés de poulet est inférieur de 13% au prix du filet échangé sur le marché intracommunautaire et celui des cuisse est inférieur de 16% ». Si un tel accord avait lieu, on imagine que la tentation serait grande , tant dans la grande distribution que dans la restauration d’entreprise , de jouer la carte du prix le plus bas pour tirer tous les prix vers le bas en achetant de la viande américaine , congelée ou pas.

Si en plus on ajoute au bilan carbone de la chaîne du froid celui des longs transports par camions en amont et en aval des deux rives de l’océan atlantique, on voit facilement que le développement du commerce des viandes entre les Etats Unis et l’Europe n’a pas lieu d’être si nous voulons freiner le réchauffement climatique.
Pourtant, François Hollande, président en exercice du pays qui accueille la Cop 21 demeure un chaud partisan de ce traité. Il déclarait même en juillet 2013 qu’il fallait le négocier vite « avant que les gens aient peur » de ses conséquences en Europe.


 source: L’humanité