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Commerce : tactique hasardeuse de Paris

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Libération | 29 juin 2015

Commerce : tactique hasardeuse de Paris

Christian LOSSON

WIKILEAKS Des représentants européens perçoivent un manque de leadership américain sur les questions commerciales.

LA NOTE DE LA NSA (AOUT 2011)

Des représentants de l’UE perçoivent un manque de leadership US sur les questions commerciales et émettent des doutes sur l’initiative du Pacifique. (TS//SI//OC/NF)

«Des responsables du commerce [extérieur] de l’UE basés à Washington ont affirmé fin juillet que l’administration américaine manquait singulièrement de leadership sur les questions commerciales, comme le montre l’absence d’un consensus clair sur le futur du Programme de Doha pour le développement de l’OMC. Jean-François Boittin, conseiller du ministre de l’Économie et des finances, a fait part de son étonnement devant le degré de « narcissisme » et d’attentisme dispendieux dont fait actuellement preuve Washington, tout en qualifiant de stupéfiante l’idée d’abandonner le Programme de Doha en faveur d’un autre plan – choix que semblent privilégier certains responsables américains. Le Français a de surcroît affirmé que dès qu’un pays effectue des coupes franches dans ses barrières douanières, ce que viennent de faire les États-Unis, il devient moins attractif et n’est plus, par voie de conséquence, en position de force pour négocier avec les pays émergents. L’interlocuteur de Boittin, Hiddo Houben, responsable du commerce extérieur de l’Union Européenne, après avoir souligné le manque de leadership de son homologue américain, considère, au sujet du désaccord au sein du gouvernement US sur le Programme de Doha, qu’il conviendrait qu’une décision politique soit prise sur la direction à suivre. Sur un autre sujet, Houben a insisté sur le fait que le Partenariat Trans-Pacifique (PTP), qui est une initiative américaine, paraît conçu pour contraindre la Chine à des négociations dans le futur. Washington, a-t-il remarqué, négocie avec toutes les nations frontalières de la Chine, en exigeant des engagements qui excèdent les capacités administratives de ces pays, afin de « se confronter » à Pékin. Houben pense toutefois que si cet accord PTP met dix ans à aboutir, le monde - et la Chine - auront sans doute tellement changé que le pays se sera probablement désintéressé du processus. Dans ce cas, les États-Unis n’auront pas d’autre choix que de se tourner de nouveau vers l’OMC. Pour finir, il a affirmé que cet intérêt pour l’Asie était une preuve supplémentaire de l’absence de plan de négociation défini de Washington à l’égard des pays émergents, dont la Chine et le Brésil, ni même de plan d’action proactif dans le cadre de l’OMC. Non conventionnel Diplomatie UE DATE: 2 août 2011.»

CE QUE L’ON PEUT EN DIRE

Le front de la diplomatie commerciale multilatérale déserté (lire ci-contre), les Etats-Unis multiplient les accords bilatéraux (Panama, Colombie, Corée) et réactivent la piste d’accords régionaux : transpacifique (TPP), zone de libre-échange entre 12 pays, ou transatlantique (TTIP ou Tafta, avec l’UE, dossier encore plus explosif). La ratification du TPP, qui maillerait 40% du PIB de l’économie mondiale, 26% du commerce planétaire, est un combat personnel pour Obama, qui entend passer en force pour mieux «vendre des produits américains au reste du monde». Fin juillet 2011, la NSA intercepte des discussions entre Jean-François Boittin, un proche du ministre du Commerce d’alors, François Baroin, et Houben, le négociateur en chef pour le commerce et l’agriculture à la Commission européenne. Washington pousserait à un accord transpacifique avec les pays frontaliers de la Chine pour mieux l’isoler. Mais pour Houben, le processus sera si long que les Etats-Unis «n’auront d’autres choix que de se tourner à nouveau vers l’OMC».

Hypothèse démentie par le temps. Car Obama s’est multiplié pour parvenir à un deal rêvé par les milieux d’affaires. Qu’il pourrait voir aboutir avant la fin de son mandat, malgré l’opposition de la majorité des démocrates, des syndicats et des ONG qui y voient une succession de menaces. La Chambre des représentants vient en effet d’approuver la procédure accélérée et le Sénat s’y est rallié à son tour ce 24 juin, laissant la voie libre à Obama. Alors que même Hillary Clinton assure qu’elle n’aurait pas donné son feu vert pour un TPP qu’elle avait pourtant promu en tant que secrétaire d’Etat. Pour l’instant, l’accord reste encore secret. «L’heure de la transparence a sonné pour le TPP, a assuré Assange, qui offrira 100 000 dollars à qui lui fournira une copie du «secret le plus recherché d’Amérique».» Sur 29 chapitres, WikiLeaks en a déjà révélé trois.

A lire en intégralité sur le site de WikiLeaks

Christian LOSSON


 source: Libération