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Les syndicats paysans unanimes contre le libre-échange

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L’Humanité | 30 septembre 2020

Les syndicats paysans unanimes contre le libre-échange

by Gérard Le Puill

En 2020 comme en 2019, les sécheresses et d’autres aléas climatiques ont compliqué la vie et impacté le revenu des paysans en France, en Europe et ailleurs. Du coup les syndicats paysans de notre pays sont désormais unanimes pour dire non aux récents accords de libre-échange conclus entre la Commission européenne et plusieurs pays tiers, à commencer par le Canada et le Mercosur. Mais en France, le président Macron et son gouvernement continuent d’entretenir le flou concernant leur décision finale concernant le Mercosur tandis que le Sénat n’a toujours pas approuvé le CETA signé entre la Commission européenne et le Canada.

Depuis quelques jours, les critiques contre les accords de libre-échange signés entre la Commission européenne et le Canada, puis avec les pays du Mercosur se font de plus en plus vives en France. Très critique sur les conséquences économiques et écologiques de l’accord entre l’Europe et le Mercosur, le rapport de la Commission présidée Stéphan Ambec et remis au Premier ministre Jean Castex le 18 septembre dernier a fait réagir des nombreux syndicalistes paysans comme certains professionnels de la filière viande en France. Dans un communiqué commun, la FNSEA et le syndicat Jeunes Agriculteurs se disent « confortés par le rapport Ambec qui confirme que l’énorme différence en termes de normes de production conduirait à une concurrence déloyale pour certains secteurs clés de la production européenne. La conclusion est simple, l’importation de produits agricoles du Mercosur mettrait en péril la viabilité de pans entiers de l’agriculture française », estiment ces deux syndicats.

Pour un traitement différencié du secteur agricole

Dans un autre paragraphe de leur communiqué commun on peut lire ceci : « c’est le concept même des accords de libre-échange qui doit être revu pour promouvoir un commerce régulé, un traitement différencié du secteur agricole et permettre à tous les pays du monde une souveraineté alimentaire solidaire ». La FNSEA n’a pas toujours tenu ce langage par le passé. On peut donc penser que le vécu du monde paysan depuis quelques années fait aussi réfléchir les militants syndicalistes des associations spécialisées de la FNSEA dans les différentes filières de production.

Second syndicat du pays en influence électorale, la Coordination rurale livre son constat par la voix de son président Bernard Lannes : « L’accord UE-Mercosur prévoit d’accroître les importations de viande, de sucre et de soja en provenance des pays du Mercosur, dont la production s’industrialise fortement en raison de l’orientation agressive vers l’exportation ». En face, poursuit-il, « les paysans en Europe font face à des défis importants pour produire des aliments d’une manière respectueuse du climat et du bien-être animal, ce qui entraîne un accroissement des coûts pour les exploitations. Cependant, les importations croissantes et non qualifiées des pays du Mercosur intensifient la pression sur les coûts pour les familles d’agriculteurs et les paysans européens ». Tout comme la FNSEA et les JA, la Coordination rurale s’oppose à la ratification de cet accord, ce qui est aussi le cas de la Confédération paysanne et du MODEF dès le début.

Suspendre l’application provisoire du CETA

Syndicat spécialisé de la FNSEA en production de bovins à viande, la Fédération nationale bovine (FNB) estime dans un communiqué qu’un « coup d’arrêt immédiat doit être donné à cette politique libre-échangiste ! Quels que soient les enjeux commerciaux, l’UE ne doit plus autoriser l’importation de produits ne répondant pas strictement aux normes de productions européennes (…) L’application provisoire du CETA doit donc être suspendue. L’accord avec le Mercosur doit être rejeté dès la première étape de la ratification, c’est-à-dire le vote en vue de sa signature par les États membres, au Conseil de l’UE, que l’ancien Commissaire européen au Commerce avait annoncé pour le mois d’octobre », rappelle la FNB.

De nationalité Irlandaise Phil Hogan était devenu commissaire en charge du Commerce dans la nouvelle commission après avoir été un commissaire incompétent en charge de l’Agriculture dans celle que présidait le luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Au mois d’août il a été conduit à remettre sa démission à Ursula Von der Leyen après avoir assisté à un dîner de gala de 80 personnes à Dublin en contradiction avec les règles sanitaires du moment.

La France doit rejeter ces deux accords

Les éleveurs et leurs syndicats ne sont pas seuls à s’opposer à ces accords de libre-échange. L’interprofession Bétail et Viande connue sous le sigle « Interbev » écrit ceci dans un récent communiqué de presse : « à la lecture du rapport concernant le CETA, l’interprofession juge inacceptables les nombreuses défaillances mises en lumière par la Commission européenne sur les systèmes de traçabilité des viandes canadienne. Force est de constater que ce dispositif de traçabilité et de contrôle des viandes exportées par le Canada vers l’Union européenne ne garantit pas à ce jour que ces viandes soient sans hormone et sans anabolisant ».

Alors que le Sénat vient d’être en partie renouvelé, il dispose désormais de solides arguments pour ne pas ratifier le CETA, cet accord de libre-échange signé entre l’Europe et le Canada et approuvé en 2019 par un vote de l’Assemblée nationale quand le groupe LaREM était encore majoritaire.


 source: L’Humanité